vendredi 3 juin 2011

Les mormons parlent aux mormons

Pardons pour aujourd'hui, je ne fait pas de post production, mes photos seront donc très pourries.

L'église est présente à Piter. Cinq branches dans un unique bâtiment, immense, plus grand que n'importe quelle église en France. Pourquoi cinq branches ? Parce qu'on manque de frère tout simplement. L'effectif féminin représente les trois quart de l'assemblée. Et comme les rôles sont partagées dans l'administration de l'église, on ne peut pas passer à un mode paroisse tant qu'il n'y aura pas assez d'hommes pour remplir les rôles nécessitant la prêtrise.
La première fois que nous sommes venus, nous avons repéré l'entrée en pistant les filles en robe. Merci à l'habitude de s'endimancher chers frères et soeurs. On repère un mormon à 10km à la ronde le dimanche matin : c'est les hommes en costume cravate du papa au bébé, et les filles en jupes longues. C'est vrai en France, en Russie, en Amérique Latine, au fin fond de l'Afrique... (Et si c'est pas des mormons, c'est soit des témoins de Jéhovah, soti des catho trado)
Illustration donc :

 Donc on suit les filles en jupe, on rentre par ce passage...

On voit cette belle arche... L'église c'est le bâtiment le plus à gauche
 Et voilà, vous êtes arrivés. On aurait pas trouvé tout seul.

Bon après ce petit compte rendu sur "manuel de comment trouver l'église quand on a une vague adresse avec google street", voyons l'épreuve de interculturalité. Il n'y a rien à dire, le culte est strictement identique, je trouve les cantiques horriblement difficiles à lire, donc je les chante en français à tue-tête, enfin de moins en moins parce que je fais des progrès en lecture quand même. Mais voilà, j'étais toujours allée à l'église en me disant que ça faisait parti de la sanctification du jour de sabbat, et voilà que je me retrouve trois heures à rester assise à écouter du russe. Et tout d'un coup, les "je ne comprends pas votre langue, mais je sens très fort l'esprit" ça m'a semblé être le pire mensonge que j'ai jamais entendu. Au moins sur ce plan, la messe en latin des catholiques ça a du sens. Personne comprend, mais quand il change de pays ça reste la même chose (enfin rectification, ceux qui vont à la messe en latin comprennent, c'est l'intérêt du missel et d'entendre toujours la même chose, au bout d'un moment ça rentre).
Au début j'ai eu l'espoir que mon niveau de Russe s'améliore rapidement, j'ai refusé les traductions des anglophones en me disant que je souffrirai un peu, mais que c'était l'épreuve de l'immersion. Mais voilà, ça fait deux mois que je passe trois heures à écouter du chinois et à aider Seth à passer le temps. Du coup dimanche dernier je me suis retrouvée à pleurer comme une vieille chaussette (ça pleure les chaussettes ?) avec Seth qui gambadait gaiement dans le couloir, pendant la sainte cène. Raymond distribuant la Sainte Cène, il n'y avait que moi pour m'occuper de ce tribouillours. L'ultime raison de ma venue, les cinq minutes que comportent l'ordonnance de la Sainte Cène, j'étais dans le couloir. Je me suis sentie comme les vierges folles, flanquées dehors pendant que l'époux fait la fête à l'intérieur. Et j'ai pleuré. Alors Max, qui lui était dans le couloir parce qu'il était à la bourre m'a demandé
"Tout bien ?"
Non, tout pas bien Max, j'aimerais bien parler le russe aussi mal que tu parles le français, pour saisir une bribe d'enseignement, pour être un tout petit peu édifiée le dimanche matin.
Amis mormons, quand vous voyez débarquer le dimanche matin ces couples d'expat, ces étudiants venus pour un semestre, invitez les à manger. Allez leur parler, asseyez vous à cotés d'eux, proposez leur de traduire si ils ne comprennent pas, et demandez leur si "Tout bien ?"
Parce que tant que vous n'avez pas vécu d'être un déraciné, vous n'aurez aucune idée de ce que représente la barrière de la langue.
Le jour où il dira sa première prière en français, ne pensez pas que ça a été facile, ne le blâmez pas de ne toujours pas savoir dire un mot après des mois, ne le jugez pas si petit à petit il ne vient plus, ou n'apparait que pour prendre la Sainte Cène, puis s'éclipse.

Ici les membres sont gentils, les missionnaires anglophones, et y a un samovar dans la cuisine. Tout est pareil qu'à Nantes, sauf le français (et le samovar). Je me sens terriblement française, terriblement loin, terriblement seule. Et comme j'essayais de mettre des mots sur ma douleur : "Ben quand on est à l'étranger, on est... ben étranger, te moques pas de moi, je sais que c'est logique, mal dit et tout."
Oui, quand on est étranger, on est étranger. Merci Floriane.

L'original et le liahona qui tire sa couverture de la dite oeuvre
Bonus : ça vous dit quelque chose cette image ? L'original est donc à St petersbourg, c'est l'oeuvre d'un membre d'une des branches. Classe !

6 commentaires:

  1. non mais ça va beaucoup beaucoup mieux. Maintenant j'ai décidé de ne pas me prendre la tête et ça a bien marché la dernière fois.

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  2. et puis j'ai rencontré des français. *_*

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  3. J'ai eut une patiente ce matin.La 20ène,russe ,qui parlait peu français et peu anglais.Apparamment elle avait mal mais on comprenait que dalle et on arrivait pas à savoir ce qu'elle avait.
    Au moment de prendre une radio je vois des grosses larmes arriver.Et j'ai pensé à ton article sur les expat parcequ'elle me faisait penser à toi.

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  4. Ce qui m'a fait sourire c'est ton "je ne comprends pas votre langue, mais je sens très fort l'esprit" :) C'est effectivement compliqué de ressentir quelque chose de tres concret quand on est etranger a tous ce qui nous environne. Cependant il y a bien un moment aux etats unis ou j'ai pu dire cette phrase sans mentir : Quand personne ne parlait. On fesait un camp de 5 jours dans les montagnes d'Utah, et a la fin, un consolateur etait bien la a me reconforter.

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