vendredi 24 juin 2011

Quand les mormons parlent de sexe



I can't I'm mormon

On parle souvent des mormons pour leur morale rigoriste, pourtant leur opinion sur les relations sexuelles est loin d'être aussi austère qu'on le croit. Alors oui, pour les mormons, les relations sexuelles en dehors du mariage sont un péché. Mais dans l'institution du mariage, ces rapports sont considérés comme une chose sacrée qui n'a pas été crée pour la reproduction seulement mais bien pour renforcer le couple. Donc un mormon qui aurait assimilé cette part de la doctrine devrait pratiquer régulièrement et intensément avec son épouse, et ils devraient tous les deux se réjouir et profiter du cadeau que Dieu a fait aux couples.
Partant du constat qu'elle estimait que plus de la moitié des mormons ne sont pas satisfaits par leur vie sexuelle, Laura Brotherson construit un livre autour des obstacles que les mormons rencontrent et qui font que pour certain, le sexe n'a rien de sacré et d'agréable. Son livre "And they were not ashamed", est ponctué de "home work" qui permettent de faire le point sur sa propre pratique. Le titre fait référence à l'écriture qui, décrivant Adam et Eve, nus dans le jardin, rajoute :"qu'ils n'avaient pas honte".

Laura Brotherson n'est pas sexologue, mais thérapeute de couple. Elle a eu une formation académique dont une maitrise sur le sujet. Il y a pour moi deux avantages majeurs à cet ouvrage : il est écrit par une femme, et il est écrit par une mormone.
Donc oui je le clame haut et fort : j'en ai ma claque de devoir entendre des hommes me dire ce qui est bon pour moi sexuellement. Je me rappelle encore ce sexologue qui expliquait qu'un mouvement de recul chez la femme pendant la pénétration était une invitation à la forcer, une manifestation de désir et de plaisir exacerbé. Alors personnellement je sais mieux que ce monsieur aux 9 années d'études : quand j'ai un mouvement de recul pendant la pénétration c'est que j'ai mal. Merci de ne pas me mettre un grand coup pour "combler mon désir exacerbé". Autant dire que j'ai rayé ce type (pourtant très reconnu par la profession) de ma liste d'auteur à lire. Et puis j'aime m'entendre dire par une femme que non, il n'y a pas de raison qu'une femme n'ai d'orgasme qu'une fois par an alors que les hommes en ont quasiment systématiquement.

Et puis, en tant que mormone, j'aimerais avoir une lecture de la sexualité qui n'aille pas en contradiction avec mes principes religieux. Qu'on ne me dise pas que pour soigner mon couple je dois prendre un amant, fantasmer sur mon collègue et qu'il n'y a point de salut sans canard en plastique qui vibre et qui passe même sous la douche.

Comme le plagiat ne comprend pas les citations de moins de 10% de l'œuvre, je m'en vais de ce pas résumer cet ouvrage pour les non anglophones, avec la citation tel quel des fameux "home work"
(Ne vous attendez pas à un kamasutra mormon, c'est bien moins sulfureux, et pourtant ça a changé radicalement ma manière de considérer et de pratiquer le sexe dans mon mariage.)

Cet article fait partie de la série "and they where not ashamed"

9 commentaires:

  1. Ta phrase "Merci de ne pas me mettre un grand coup pour "combler mon désir exacerbé"" m'a fait exploser de rire au boulot... mais par contre, je suis choquée qu'un mec supposé donner des conseils ait pu écrire une telle chose ! Un peu plus et on en revient au "non" féminin qui cache en fait un "oui" sauvage et lubrique, hein, c'est ça ?!!!
    Bref, par contre, je reprends l'histoire dans l'ordre et j'en apprends sur les mormons, merci :)

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  2. Oui je crois que tu as bien cerné le personnage avec le non qui veut dire oui o_O

    De rien pour les mormons

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  3. Je me permets...

    Je suis tombée par "hasard" sur ton blog ce matin. Même si je ne crois pas au hasard. Je suis pratiquante musulmane, donc la religion fait partie de ma vie et ce que tu décris me touche énormément.
    Bien que ma vie sexuelle soit riche, grâce à Dieu (pour nous aussi, les rapports sexuels sont là pour renforcer l'amour du couple!), j'aime ta façon de penser...

    Je vais rapidement devenir fan de ton blog, je crois bien :p :p

    Continue d'écrire, en tout cas... Je vais finir de lire la traduction de ce bouquin qui me va aussi tout à fait (moi non plus je ne veux pas prendre d'amant, nanmého!!)

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  4. Çà a l'air intéressant, je suis une grande lectrice et je pense que je vais me le procurer:)

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  5. Le père de la sorcière du logis21 janvier 2013 à 17:12

    Partie 1 de mon post

    La remarque de Tunisia Mum qui salue une jeune mère mormone mariée souligne le parallèle entre l'Islam et le mormonisme, deux religions qui se basent sur la revendication d'une révélation et qui ont un taux de progression important dans le monde aujourd'hui. Deux religions qui se sont toujours bien entendues, notamment dans leurs actions caritatives. Le mormonisme est sans doute le pont entre le christianisme et l'Islam. Je cite un ami musulman avec qui nous avons échangé sur nos deux religions : "Le Livre de Mormon m'a permis de comprendre que le Coran est le mode d'emploi donné par Dieu à mon peuple pour mieux accéder à la bible". J'espère que je n'offense aucun croyant de l'Islam par cette salutation. C'est une sincère salutation d'amitié.

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  6. Le père de la sorcière du logis21 janvier 2013 à 17:15

    Partie 2 de mon post

    Concernant la sexualité, il est toujours intéressant de se plonger dans les textes fondateurs religieux pour y constater que souvent, le livre est plus sage que ses théologiens, même lorsque bien intentionnés, leur message est plus imprégné de leurs propres déviances que du message originel. Si Dieu a réellement inspiré les livres sacrés et je le crois, c'est tout naturel. Je suis mormon et donc les livres que je connais le mieux sont la Bible (ancien et nouveau testament), le livre de Mormon, la Perle de Grand Prix et Doctrine et Alliances.

    Pour commencer par ce qui est le plus proche des trois religions du livre, l'ancien testament, on se rappelle souvent uniquement des interdits de la loi de Moïse : "Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, tu ne commettras pas l'adultère, tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme etc.". Dans les premières pages de la Genèse cependant il n'est plus question d'interdit, mais il y a là le plus beau commandement positif sur la sexualité : "C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, s'attachera à sa femme et ils ne formeront qu'une seule chair". On oublie donc souvent qu'avant d'interdire, Dieu a autorisé dans le cadre qu'il a défini, c'est à dire le mariage entre un homme et une femme. Et finalement, celui qui se conforme au commandement positif de Dieu n'a pas besoin qu'on lui donne le menu de ce qui lui est interdit, car ce qui lui est interdit lui est étranger. Dieu a précisé par Moïse les interdits, mais souvent ses prêtres on été au-delà en déversant dans la transmission leurs propres parts d'ombre. Mon frère religieux, lorsque tu as des doutes, reviens à la source.

    Dans le nouveau testament et si on se borne aux 4 évangiles qui racontent l'histoire de Jésus et transmettent son enseignement, il est intéressant de constater qu'il y a peu de choses concernant la sexualité. Jésus d'ailleurs rappelle le commandement du début de la Genèse lorsqu'on l'interroge sur la situation de l'homme par rapport à la femme et qu'on lui demande ce qu'il pense du divorce. Il répond avec autorité que Dieu n'a donné le divorce à l'homme, que parce qu'il est méchant, "car au commencement ... il n'en était pas ainsi" (il cite alors le commandement positif de la genèse).

    Plus tard, toujours dans le nouveau testament, Paul enseigne que les époux ne doivent pas se priver l'un de l'autre afin de ne pas tomber en tentation (on suppose donc que la frustration sexuelle serait susceptible d'entraîner un des deux conjoints à enfreindre ses vœux d'exclusivité envers son époux ou son épouse).

    Je suis donc toujours étonné quand j'entends des chrétiens et en particuliers mes frères et sœurs mormons se poser la question "qu'est ce qui est autorisé et qu'est ce qui est interdit dans la sexualité du mariage" comme si c'était la question centrale. Je n'arrive pas à voir le rapport de cette question avec le vrai commandement de la sexualité "C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, s'attachera à sa femme et ils ne formeront qu'une seule chair". A la nouvelle génération de cette église qui a entendu parler d'interdits explicites dans la sexualité conjugale et qui se demande s'il s'agit de légendes urbaines, je vous informe que ce n'est pas une légende urbaine, mais que le déroulement de l'histoire de cette légende urbaine est très intéressant finalement. Il y a quelques dizaines d'années, l'église mormone a publiquement pris position de manière explicite contre certaines pratiques sexuelles dans le couple (sans rentrer dans les détails, certaines pratiques qu'on peut concevoir entre un homme et une femme sans faire un effort surhumain d'imagination).

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  7. Le père de la sorcière du logis21 janvier 2013 à 17:18

    Partie 3 de mon post :

    La réaction de nombreux couples épanouis et actifs sexuellement a été immédiate et le siège de l'église a été assailli de courriers demandant aux dirigeants de l'église de s'occuper de ce qui les regardaient et de laisser tranquilles les adultes mariés consentants et épanouis qui construisaient leur sexualité conjugale comme bon leur semblait dans le respect mutuel et l'amour sincère.

    L'église a réagi de la manière la plus appropriée qui soit, puisque quelques mois après, elle a envoyé à tous les dirigeants de l'église un courrier très clair qui stipulait que les entretiens que les dirigeants de l'église avaient avec les membres mariés de l'église devaient totalement s'abstenir d'aborder les questions de l'intimité conjugale. La parenthèse était refermée et cela ne pris que quelques mois. Par ailleurs les instructions qui avaient fait débat ne sont jamais entrées dans les manuels d'instruction des dirigeants de l'église et aujourd'hui, aucune documentation qu'elle soit publique ou qu'elle apparaisse dans la documentation interne donnant instruction sur la direction de l'église (j'y ai accès) ne mentionne de près ou de loin ce qui doit se passer dans la chambre conjugale. Cela n'a pas empêché des dirigeants parfois bien intentionnés de ressortir des photocopies de photocopies de cette instruction obsolète en traumatisant et perturbant la vie intime de milliers de membres de l'église pendant encore plusieurs années.

    Une seule instruction est en vigueur chez les mormons et de manière répétée, qui pourrait avoir un impact sur la sexualité des membres de cette église : la mise à l'index de la pornographie. Les dirigeants de cette église enseignent en effet avec vigueur que la pornographie est contraire aux lois de Dieu. Je suis d'accord avec cette affirmation, pour plusieurs raisons : Tout d'abord parce que la plupart du temps elle encourage des acteurs à avoir des rapports sexuels sans s'aimer (il s'attachera à elle), sans former de vrai couple (ils formeront une seule chair) et ultimement sans être mariés. De plus, relativement à la définition d'André Breton que j'affectionne particulièrement à ce sujet qui dit "la pornographie c'est l'érotisme des autres", il me paraît assez clair que l'érotisme des autres, c'est ce qu'il peuvent mettre dans leur relation conjugale exclusive et y avoir accès me conduirait à convoiter ce qui ne m'appartient pas, d'autant plus que Jésus enseigne une parole terrible et sans appel : "Celui qui regarde une femme pour la convoiter a déjà commis avec elle l'adultère dans son cœur".

    J'arrive à ce que j'affirmais plus haut. La question se pose en effet sur la nature de la pornographie, car je l'ai vu posée de la façon suivante : Une femme détaillait un évènement lié à sa sexualité avec son mari et disait : "C'est de la pornographie". Elle sous-entendait que ce que lui proposait son mari évoquait pour elle la pornographie.

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  8. Le père de la sorcière du logis21 janvier 2013 à 17:21

    4ème et dernière partie de mon post :

    Je me permets de donner un avis sur la question. Chacun se fera sa propre opinion. Pour moi, la femme en question n'arrive pas à exprimer ce qui la gêne dans la proposition que lui fait son mari et elle se saisit du concept le plus pratique pour exprimer sa gêne : la pornographie. Soit qu'elle ait consommé de la pornographie malgré l'interdit de l'église et qu'elle associe ce que son mari lui présente à ce qu'elle a vu, ce qui réveille son sentiment de culpabilité, soit qu'elle évoque la pornographie parce que cela lui permet un raccourci lui évitant de réfléchir à ce qui la conduit à être mal à l'aise avec ce que lui propose son mari. Cependant il est utile de rappeler ce que le pornographie signifie. Le mot est la succession de deux mots dérivés du grecs : porne (prostitution) et graphos (écrire, peindre, dépeindre), autant dire qu'on est loin de l'univers des fantaisies conjugales, même si celles-ci peuvent utiliser des expressions esthétiques de formes complexes même chez des excentriques qui ont le droit de vivre leur originalité, même dans l'intimité conjugale.

    Pour conclure, ce qui est en revanche certain, c'est que la sexualité épanouie d'un couple est essentiellement question de confiance et de sentiment d'engagement réciproque. Aucun conjoint ne sera enclin à partager une sexualité créative et intense lorsqu'il ne se sent pas respecté et aimé. La véritable clé de l'entente sexuelle se situe dans ce registre, tellement plus compliqué d'ailleurs à gérer pour les hommes que pour les femmes, pour qui parfois c'est la définition même de l'érotisme (le sentiment d'être aimée et choyée, je reprécise pour nous autres, hommes des cavernes). Il faut au passage noter que les écritures sacrées prennent pratiquement toujours le point de vue masculin pour parler de la sexualité en mettant les points sur les i, comme si la femme était prédisposée à bien la comprendre et bien s'y comporter. Et si c'était vrai et qu’il nous fallait simplement mieux aimer, mieux respecter, mieux choyer, pour être mieux aimés par elles ?

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    1. Je comprends pourquoi c'était en 4 parties...
      Merci pour ces détails historiques (que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre ?) qui a laissé une trace jusqu'ici (parce que les moins de 20 ans en parlent quand même).

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