mardi 2 août 2011

Je suis une icône de non style

Quand tout le monde autour de vous parle une langue que vous tentez désespérément d'apprendre sans y parvenir, il y a un moment où vous renoncer à toute forme de communication. Plus de contact visuel, plus de Bonjour, plus rien. Vous vous transformez en immigré non intégré. Je suis donc dans cet état de mutisme 12h par jour depuis quatre mois. J'ai un unique interlocuteur : Anton. Mon ami/collègue/qu'il m'énerve/qu'il est sympa, heureusement qu'il est là. (Merci Anton, grâce à toi je connais "pédobear" et "Bejelewed 3"...)
Donc depuis quatre mois je pensais être devenue complètement transparente. Déjà quand je m'adressais à mes collègues directes en russe, même correcte, ils ne comprenaient rien à ce que je racontais, et on était quitte parce que je répétais inlassablement "ia ni panimaiou" (= Niéééé ?!?)  à chacune de leurs tentatives. Et dans la foule des quelques centaines d'employés de notre client, je pensais bien que la petite silhouette ringarde qui fait répéter trois fois le prix avant de sortir sa monnaie à la cantine, passait complètement inaperçu. Dans un tel état de non-existence on fait parfois des trucs très cons, comme se teindre les cheveux en bleus. Parce que voyez vous j'ai toujours aspiré à être regardée. C'est maladif chez moi. Je rentrais doucement mais surement dans une sorte de dépression du "mais qu'est ce que je fiche là ?" quand je me suis aperçu que loin d'être complètement transparente, j'étais devenue une sorte d'icône de mode dans l'entreprise.

Je vais vous expliquer. Il faut pour cela vous faire le détail de ma garde robe. Rassurez ça va pas être long. J'ai un pantalon, trois tee-shirt et un pull (et trois robes pour le dimanche !) et une unique paire de basket (plus une paire de chaussure de biiiiitch, toujours pour le dimanche). C'est là faute à "on part sans bagage en soute, ça coute moins cher".
Un midi, j'ai regardé autour de moi en mangeant mon ratchapouri (miam miam, un truc dont il faudra que je vous donne la recette), quand je me suis aperçu que quelque chose devenait singulièrement bizarre ici. Des petits clones mangeaient ça et là. Allez m'expliquer pourquoi quand je suis arrivée et qu'il faisait 0°C, les filles étaient en mini-jupe-talon-aiguille, et maintenant qu'il fait 35°C à l'ombre, elles sont en pantalon tee shirt avec manche et baskettes ? Quelqu'un y voit une évolution logique ?
Allez dites-moi que je me fais des idées qu'on rigole. Les jeans ? bleu foncé et serré aux chevilles, comme le mien. Les tee-shirt ? noir unis, ou avec un imprimé style vie de tous les jours, comme les deux miens (le troisième elles le trouveront nul par, il est vraiment trop ringard), et les baskettes : assez funky, comme les miennes qui ont une paire d'oeil sur la languette.
Et puis il y a les gilets aussi. On est en été, et elles ont toutes trouvé un petit truc en fine maille, gris et près du corps comme mon petit gilet dans lequel je me pelais les miches.

J'étais en train d'halluciner en prenant conscience que j'étais une oligarque modesque, quand une fille est passé à coté de moi, une main négligeaient mise dans sa poche de jean arrière. Ce geste, j'ai arrêté de le faire quand je me suis aperçue qu'ici on regardait bizarrement une fille qui avait les mains posées sur les fesses.

Achevée...

Bon, je ne dis pas que toutes les filles ont jeté leur sexy-sexy tenue de secrétaire/cadre supérieur russe. Mais le vendredi, jour du jean dans la boîte, les filles s'y mettent aussi. Avant elles mettaient des chaussure plates, pendant que leurs homologues masculins lâchaient le costume. Maintenant elles mettent franchement un pantalon (bon, le miens, mais c'est pas grave). Et je suis pas peu fière de les avoir rendues pudiques (et ringarde ?) un jour par semaine, et parfois même le reste de la semaine.

C'est du pure racisme. Quand on est française en Russie on est forcément très intelligente et très stylée (Je bénéficie aussi d'une forte aura tout aussi injustifiée de science infuse, mais ça c'est une autre histoire...). Cette histoire a mis un peu de baume à mon égo solitaire. J'ai même fait un passage chez le coiffeur pour qu'il m'enlève ces trois mèche bleus qui avaient viré au gris. Et puis j'ai recommencé à dire "zdrazvouitié" à qui croise ma route.

5 commentaires:

  1. Déesse Aleevi2 août 2011 à 11:29

    Au moinnnnnsssss !!! la preuve que finalement elles manquent de personnalité ces filles ! elles s'habillent sexy non pas par convictions personnelles mais pour rentrer dans le moule, et là pour faire new fashion, elles t'ont prisent pour modèle.. haha ! You rock !! ;)

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  2. Merci Déesse :D

    et merci luna pour tes commentaires toujours aussi constructifs, mais néanmoins indispensable à pas me sentir seule XD

    Aujourd'hui y avait que des jupettes à la cantine. ça devait être un jour où elles s'étaient toutes donnés le mot ;)

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  3. "elle est balèze ma fille"!!! Je suis fière de toi ma chérie, continue comme ça! Bon, d'accord ça fait un peu mère juive ;-). Pour faire écho à tes aventures "abroad" je rentre d'une semaine à Hong-kong où j'ai remarqué les regards des Chinoises sur ....mes pieds! Question de toute la semaine: "mais qu'est-ce qu'elles regardent?" mes ongles vernis, mes chaussures made in France? La réponse est venue à mon retour de mon frère (pédicure podologue)...mes grands pieds (et oui je chausse du 41!)Beaucoup moins glamour que ce que je croyais ;-)Qui n'a pas connu la vie à l'étranger ne peut comprendre ces angoisses :-)

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  4. C'est vrai que pour les chinoises tu avais des pieds de géante !
    Mais tu as tellement raison : qui n'a pas connu la vie à l'étranger ne peut comprendre ces angoisses. C'est le moment où on se demande si tout le monde nous regarde pas bizarrement, si on fait un truc de travers, etc. Et des fois on se trompe sur la raison du regard en biais (comme tes grands pieds)

    J'espère que tu as profité de ce voyage à Hong Kong quand même.

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