mardi 6 septembre 2011

Des surnoms russes et de l'histoire familliale

Ici chaque prénom a un diminutif (qui est parfois plus long que l'original, mais passons). Ainsi Vladimir devient Vova, Dimitry devient Dima et Galina devient Gala. Les enfants sont systématiquement appelés par leur diminutif, et on s'adresse également souvent à ses amis grâce à ces surnoms standardisés. Voilà ce que j'ai appris en venant ici. Et c'est assez commun à toutes les cultures de l'Europe de l'est.


***


Ankiça est croate. Sa mère l'appelle affectueusement Aniça, comme tout le monde d'ailleurs. Alors qu'elle est adolescente elle part en Allemagne pour servir l'armée nazi dans des camps de travail. Son histoire est difficile à retracer. Elle est faite de morts, de misère, de viol, de sacrifice, d'abandon. Quoi qu'il en soit, elle finit par regagner la France, avec deux enfants qu'un prisonnier de guerre français lui aura fait. Ce français, elle l'épouse, il la bat, elle divorce. Misère à nouveau. Elle élève seule ses trois enfants d'une main de fer, travaillant d'arrachepied pour nourrir ce petit monde. Elle continue sa vie, se re marie. Elle vieillit, ses enfants se marient. Elle devient grand mère. Ses petits enfants se marient, elle devient arrière-grand-mère. Ses arrières petites filles se marient, elle est bisaïeule. Elle meurt une semaine avant la naissance de son deuxième arrière-arrière-petit fils. Toute sa vie elle a été cette femme forte qui s'est battue pour survivre et pour exister. Elle avait un caractère unique. Mais un peu enfantin. Il y avait un grain de folie qui brillait dans ses yeux quand peu avant de mourir elle disait que son rêve était de sortir danser nue sous la pluie.

Ankiça est morte en s'appelant Aniça. Personne ne lui a jamais donné son nom d'adulte alors elle est restée enfant, jusqu'à la fin.

Et moi j'ai toujours crue, que si le mot "Ankiça" était marqué sur la boîte au lettre de mon arrière grand mère, c'est parce que c'était un nom croates, et que ça s'écrivait ainsi mais qu'on ne devait certainement pas prononcer le K en croates. Il a fallu que je vienne en Russie pour comprendre que derrière ce nom, se cachait une enfance qu'on ne lui avait jamais permis de quitter. Parce qu'un nom a une force que l'on ignore, Aniça a vécu comme on l'a nommé.

3 commentaires:

  1. Un prénom sur une boîte aux lettres...

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  2. Quand il n'y a qu'un commentaire, il y a écrit "un commentaires". Ça craint du boudin.

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  3. lol (ça craint du boudin, ça c'est une expression qui me rappelle les années lycées , îîîîîîîî !!!)

    Heureusement tu en as mis deux pour pas que ça se voit (et du coup j'ai pu voir que sur ton blog, tu avais pris soin de mettre deux versions différentes quand y en a qu'un ou plus... Pas bête)

    Mais j'ai la fleeeeeeme de chercher comment on modifie ce message !

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