mercredi 16 novembre 2011

La chute du titan

Je monte dans le bus pour rentrer chez moi et je la vois. Radis. C'est comme ça que je l'appelle parce que son prénom sénégalais est imprononçable et ressemble furieusement à ce légume rose et blanc. Radis c'est l'énergie incarnée, le pilier de la communauté sénégalaise de mon école d'ingénieur. Elle est sur tous les fronts, toujours souriante, toujours enthousiaste, toujours serviable. Mais aujourd'hui elle ne sourit pas. Je lui dis bonjour et lui demande comment s'est passé sa journée, presque prête à déballer la mienne sûre que je suis de trouver en sa personne une oreille attentive.
Sa journée a été épouvantable. Je ne saurai jamais ce qui s'est passé ce jour là, parce qu'elle m'a raconté toute sa vie pendant les quelques vingt minutes du trajet, en omettant de me dire cependant ce qui la mettait en colère aujourd'hui.

Radis est étudiante dans la section informatique, pour vivre elle travaille très tôt le matin avant de venir en cours, elle n'a aucun autre revenu. Elle me raconte comme c'est dur pour elle, de devoir faire tout ça, loin de son pays. Elle me raconte comment le jour où elle a voulu être chef de projet pour un sujet de groupe un élève lui a dit que dans le monde du travail elle ne le serait jamais, alors qu'elle laisse sa place à ceux qui ont besoin de s'entrainer. "Ben oui Radis, tu es non seulement une femme, mais noire en plus !" lui avait-il dit. Elle n'avait pas trouvé ça drôle du tout.

Elle me raconte à quelle point elle en a par dessus la tête d'être prise de haut dès qu'elle n'a pas une référence culturelle française. "Mais demande moi quel genre de dessin animé je regardais petite au lieu de juste dire "quoi ? Tu ne connais pas Goldorak "? Mais non, ça t’intéresse pas !" me disait-elle en mimant la scène. Elle me décrit sa colère quand on lui dit que les étrangers se mettent toujours entre eux et qu'ils ne peuvent pas s'intégrer à l'école. Parce qu'en réalité le seul lien qu'elle a avec le marocain ou le vénézuélien de son groupe de TP, c'est que personne ne s'est mis avec lui quand le professeur a demandé que les élèves se répartissent.

Elle est furieuse quand elle me décrit le rejet du BDE pour le club qu'elle voulait créer pour aider les étrangers qui viennent étudier ici, sous prétexte que ça ne concerne pas tout le monde, seulement les étrangers. Et enfin elle s'effondre.

"On me dit qu'en étant la meilleure, j'arriverai à grimper au dessus de leur préjugés puants sur les noirs et les femmes, mais Floriane, je suis fatiguée de devoir être la meilleure, et si je voulais être médiocre, hein ! Juste médiocre !"

Radis pleure. Et moi je me sens juste super bête.

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