mercredi 1 février 2012

La sorcière serait-elle devenue anti-feministe ?

Pourquoi les hommes ne peuvent pas adhérer au féminisme, partie I : Le bon et le méchant


Parlez des avortements perpétrés en chine parce que le fœtus s’avère être celui d’une fille, ou de ces petites filles afghanes qui risquent leur vie pour aller à l’école... Tout le monde sera d’accord. C’est horrible. Mais qui n’a jamais entendu ces discussions houleuses entre homme et femme, ou l’homme part en lançant « mais t’es vraiment une hystérique », et la femme en répondant « Tu n’es qu’un porc, forcément dès que ça touche à tes petits avantages, tu veux pas que ça change.»

Mais si on inversait la situation. Un homme vient d’apprendre que c’est  une femme fort jolie, moins compétente, qui a eu le poste qu’il convoitait. Parce que les négociations avec le client, ça passera toujours mieux avec elle. Il va trouver une amie ou une collègue et lui dit « Les femmes sont des traînées, elles sont prêtes à tout pour arriver à leurs fins. Quand je pense que j’avais bossé comme un fou sur ce projet, et que c’est cette !%^&£+(insulte à caractère sexiste) qui a eu le poste. Je suis sûr qu’elle a couché avec le patron »
Cet homme serait le dernier des machistes ? Et il ne trouve rien de mieux que de tenir ce discours devant une femme. Pourtant il a potentiellement été traité injustement. On a préféré le physique avantageux d’une collègue, à du travail et de la compétence. Il a été victime d’une discrimination liée au genre. Pourtant il ne recevra logiquement aucune manifestation d’empathie de la part de sa collègue. Et ça ne choquera personne. Dans ce sens on comprendra, et moi même je comprendrais.
Le discours féministe a rarement attiré beaucoup de sympathie de la part des hommes. Même si il m’a été donné de rencontrer des hommes qui se disaient engagés dans la lutte féministe, ces derniers ne sont pas légion. J’ai fini par comprendre que le discours féministe mettait les hommes en colère parce qu’il oppose l’homme à la femme. Aussi en employant l’expression « les femmes » nous désignons toute femme sur terre comme victime potentiel. Et de la même manière, son bourreau potentiel étant l’homme, nous désignons le genre masculin comme l’auteur de la maltraitance.
Quand une femme est en train de parler féminisme avec un homme, elle n'accuse pas son interlocuteur, mais les hommes. À moins de penser être le seul homme sur terre à ne pas en être un, il pourrait prendre pour lui ce qui s'adresse effectivement à tous les hommes. Il y a alors deux profils : l’homme qui ne s’est jamais livré à aucun acte misogyne et qui se retrouve injustement accusé de crime contre l’humanité. Pour accepter ce doigt menaçant pointé sur soi il ne faut pas être humble, il faut être masochiste, ou victime du syndrome de la carpette. Et comme faire le paillasson n’est pas spécialement l’apanage de la gent masculine, ne leur reprochons pas d’au mieux se désintéresser du débat, sinon de tourner les talons et se draper dans sa dignité froissée. Un autre comportement dénoterait d’une personnalité maladivement effacée et sujette à une culpabilité omniprésente et injustifiée.
Une fois que nous avons vexé notre ami, homme tout à fait respectueux ou tout du moins pas moins que la moyenne, on croise l’autre profil. L’homme qui a par le passé ou de façon récurrente, traité une ou des femmes avec assez peu de respect, parfois jusqu’à un niveau peu recommandable (harcèlement, ou pire, mais je sais que vous avez déjà en tête tout ce qu’un bourreau peut faire à une femme, je ne donnerait pas de liste exhaustive). Et alors là, franchement, à quoi nous attendons nous ? Un repentir express ?
 « Mais tu as raison, pourquoi ne m’étais-je pas rendu compte que j’étais un monstre ! Merci, je vais me faire moine bouddhiste, et je passerai désormais ma vie à servir autant de personnes que j’en ai détruites ou abîmées par le passé »
Que celle qui a obtenu ce genre de confession lève la main. Personne ? J’en étais sûre.
Donc nous avons deux profils : le bon et le méchant. Il y a aussi une infinité de possibilités entre les deux extrêmes. Mais aucun qui acceptera le discours accusateur des féministes. C’est le premier obstacle à l’adhésion des hommes au discours féministe.

1 commentaire:

  1. "Quand une femme est en train de parler féminisme avec un homme, elle n'accuse pas son interlocuteur, mais les hommes."

    Je suis féministe, mais je n'ai pas l'impression d'accuser les hommes lorsque je parle de mon idéologie.
    Comme beaucoup de féministes avant moi l'ont dit, j'accuse les machos et les misogynes. Pas les hommes. Pourquoi c'est différent ?

    D'abord parce que j'accuse et dénonce une forme d’intolérance et non pas un genre, une ethnie ou un sexe. Dire "les hommes sont machos" c'est aussi cons que de dire "les bosniaques sont machos". Or je me targue de ne pas être conne. Les hommes, je les aime autant que les femmes. Sauf quand ces derniers en viennent à me manquer de respect. Et le machisme ou la misogynie, c'est de l'irrespect à mon encontre. Donc quand j'y suis confrontée, je ne peux m'empêcher d'agir. Le plus calmement et le plus respectueusement possible (sinon, on braque la personne, c'est sûr), mais je ne peux pas me taire. Est-ce bien ? Est-ce mal ? C'est un autre débat.

    Ensuite, il se trouve qu'on peut être une femme et être macho et/ou misogyne. Oui ça paraît aberrant dit comme ça. Mais en fait c'est même bien plus rependu qu'on ne le croit. Le doigt vengeur des féministes ne pointe donc pas du tout les hommes, mais toutes les personnes ayant un comportement haineux envers les femmes. Des femmes qui perpétuent les mythes sur le viol, les mythes de la fille facile, de la fille hypocrite (qui n'a jamais entendu une fille dire "ah non, moi les petites histoires hypocrites des filles, je supporte pas. C'est pour ça que je préfère avoir des amis mecs").

    Bref, dire que le féminisme pointe du doigt les hommes, c'est, je trouve, faire un amalgame. Me concernant, je pense plutôt que les hommes ont tendances à se sentir visés alors qu'il n'ont pas à l'être. C'est pour ça que dans un débat, à ce sujet avec un homme, quand je sens que ça bloque, je lui dis "mais tu te sens visé ? Pourquoi ? Te connaissant tu n'as pas à l'être pourtant". C'est peut-être parce qu'inconsciemment, pour eux, "féminisme" signifie "pour les femmes", donc logiquement "contre les hommes". Alors que s'ils se renseignaient davantage sur le féminisme ils se rendraient compte que certains groupes défendent aussi leurs intérêts (lutte contre les stéréotypes de virilité, pour les congés paternité etc).

    Voilà. Bref, je ne crois pas que si le féminisme dérange hommes comme femmes (parce que des femmes qui fustigent le féminisme il y en a à la pelle alors qu'en théorie, elles devraient plutôt se sentir concernée voir heureuses, mais non), ce soit la faute des féministes. Je crois plutôt que comme l'écologie, le véganisme, l'anti-spécisme, et toutes ces autres idéologies, elles remettent en cause l'ordre établit. Et ça, ben, ça dérange. Alors les réactions à leur encontre sont parfois (souvent ?) violentes.

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