mercredi 20 juin 2012

Le jour où j'ai voté mickey

Quand j'étais petite, j'étais communiste. Je me rappelle avoir eu ma première leçon de politique en rentrant de l’Église. On passait devant plein d'affiches, je devais avoir sept ans et j'ai demandé ce que signifiait "Communiste", enfin le seul nom écrit en entier sur une affiche. (J'ai pas demandé ce que signifiait PS, je savais très bien que c'était le truc qu'on mettait à la fin des lettres quand on avait oublié de marquer quelque chose). Et on m'a succinctement expliqué le principe. Tout est redistribué à tout le monde.

Ça m'a beaucoup plu, j'ai déclaré que j'étais communiste. Jésus était certainement communiste d'ailleurs.

Puis on a eu les cours d'histoire sur l'URSS, bien plus tard et j'ai compris que c'était un poil plus compliqué. J'ai décrété que les hommes n'étaient pas prêt pour le communisme et que malheureusement, il n'y avait jamais eu de gouvernements communistes. Ils n'en avaient que le nom.

C'était un peu dommage, je ne savais plus pour qui j'allais voter. Mon père parlait parfois de certains politiques. J'ai collé des étiquettes, si papa disait, c'est que c'était vrai.

Puis il a fondé un parti qui ne récolterait jamais un pourcentage à un chiffre. L'idée était qu'il fallait que les ministères soient gérés par des personnes qui exerçaient un métier correspondant et plus généralement qu'il fallait élargir les catégories socio-professionnelles à l'assemblé. Le problème c'est qu'il voulait jamais dire qu'il était de gauche ou de droite, je savais toujours pas de quel côté je devais pencher.

Au lycée j'étais clairement de droite, ma meilleure copine de gauche. J'avais décrété que je voulais être cadre sup et sans rien comprendre, toujours, j'avais assimilé que traditionnellement la droite défendait mieux les riches. Notez que tout en étant de droite, j'ai fait les manifs contre Fillon. Parce que... c'était cool. (J'avais un peu étudié le projet, mais c'était surtout l'ambiance manif étudiante), toujours très logique donc. En prépa j'ai balancé des bombes à eau sur les bloccus anti CPE, parce qu'il fallait pas délirer, à quelques semaines des concours, on n'avait pas très envie d'aller fumer des joints avec les khâgnes qui avaient lancé le mouvement. Le tableau donc : Les lycéens qui bloquent, les prépa littéraires qui jouent les syndicats et les prépa scientifiques qui tapent pour rentrer en cours.

Et au milieu de tout ça, le prof le plus sexy de la prépa (imaginez un type tout juste agrégé, grand, blond, mince, prof de physique), écartant la marée humaine, à moitié tabassé par les lycéens en colère, ouvrant la voie tel moïse pour que quelques étudiants se faufilent dans le lycée. Ce jour là, on a été neuf en cours. La chemise déchirée (*-*) du prof de physique était pour moi le symbole de la tyrannie d'une gauche simpliste (on trouve ses figures politiques comme on peut. Celle-là était pas mal)

Puis sortie de tout ça j'ai commencé à regarder autour de moi vraiment. Et là j'ai vu les affaires de corruption, les partis omniprésents qui tirent les ficelles, les types qui continuent d'être élus alors qu'ils ont été condamnés pour détournement de biens publics, démontrant ainsi qu'ils était foncièrement incapables de diriger honnêtement quoi que ce soit. J'ai vu aussi le budget de ma ville, socialiste depuis toujours, plus élevée pour l'équipe de rugby locale que pour le sociale.

Du coup je regardais même plus à l'étiquette politique, mais à l'individu, avec ce qu'on peut deviner d'une personne qui ne nous est présentée que par le biais des média. J'aimais pas la gauche, mais j'aimais pas l'UMP qui restait une grosse machine bien hypocrite. J'aimais bien les écolos pour l'honnêteté de leur démarche, sans vouloir d'eux pour gouverner. Les communistes c'était mon rêve d'enfant et le FN, c'est mal. J'étais dans la mouise. Il me restait chasse pèche et tradition (Nious !), mais je chassais pas le sanglier.

Et puis il y a eu ma première élection où je pouvais techniquement et légalement voter. J'étais majeur, je pouvais voter. Législatives. Le deuxième tour est arrivé. UMP contre PS. Ce serait le PS qui passerait comme les cinquante dernières années dans cette circonscription. J'ai pris un petit papier à lettre où était dessiné une souris et je l'ai mis dans l'enveloppe. J'avais voté. J'avais voté pour mickey.


Le sort fît qu'embrigadée pour dépouiller, je dépouille mon propre vote. J'entends encore les deux vieilles socialistes qui faisaient partie de ma table "Pffff...Y a vraiment des abrutis qui savent pas quoi faire"

6 commentaires:

  1. loooooool !!!!!! sinon, pour info, le prof de chimie, j'ai le même à la maison ;) (mais pas prof... lol)

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    1. Effectivement, il colle bien à la description :D

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  2. Ton témoignage est intéressant.
    Moi je pene que, désespérément, il y a les idées et les hommes... Je suis foncièrement de gauche, voire extrême gauche. Je souhaite une société respectueuse de chacun et solidaire. Mais les hommes politiques ne servent pas toujours au mieux ces idées, même si ils sont estampillés de gauche. Alors, quand même, en ce moment je me dis que "ouf" on est débarrassé (partiellement ets ans doute temporairement mais bon...) d'une droite très dure, plutôt extrême que modérée).Mais restons vigilants et critiques.

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    1. Exactement, il y a les idées et les hommes. Qu'on soit de gauche, de droite ou de rien du tout.

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  3. ce message est excellent! il m'a fait sourire et même rire de par la façon d'aborder le sujet (le prof sexy j'adore:)j'avais le même au lycée mais brun...). c'est tellement plus intéressant de parler de politique de cette façon non?!!! et puis le dépouillement mickey!mdr:)Bravo!!

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    1. Ravie de t'avoir fait rire. Eh oui, on a tous eu ce prof qui était des fois tout simplement jeune, et devant qui les filles battaient des cils.

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