mercredi 1 août 2012

De l'importance de dire non, suite.

 Suite au précédent article, quelqu'un m'a répondu en privé un mot qui se voulait gentil, mais auquel j'ai pensé qu'il me faudrait répondre. Ça fait un moment que je m’intéresse à la question des agressions sexuelles. J'ai lu des bouquins, des rapports statistiques, des études sociologiques et psychologiques, j'ai parlé avec des amies et des amis victimes de viol. Et si il y a bien quelque chose que j'ai appris, c'est que systématiquement la victime aura quelque chose à se reprocher, et que non content de se flageller, elle sera aussi jugée par son entourage. Une spécialiste de l'accompagnement des victimes de viol disait :

"La plaignante se disant victime de viol doit être parfaite, pure, vierge, pas trop jeune ou trop handicapée (un enfant, une handicapée mentale, une malade mentale ça raconte n'importe quoi), pas trop âgée ou trop moche (ce n'est plus un objet à convoiter), pas trop pauvre (elle pourrait chercher des compensations financières), pas trop jolie (c'est pousse au crime), pas avec une vie trop "légère" (elle l'aurait cherché alors), pas étrangère et sans-papier, pas prostituée bien sûr (il s'agirait alors non d'un viol, mais d'un différent commercial, sic.), il ne faut pas aussi qu'elle connaisse trop bien l'agresseur, ni être sa femme ou sa compagne. Bien sous tout rapport, sinon sa parole n'aura aucun poids, sauf à avoir été tuée."
Docteur Salmona sur http://stopauxviolences.blogspot.fr/

Je n'ai pas été tuée, mais je me suis bien sentie agressée sexuellement. Voici pourtant ce que l'on m'a dit en toute bonne foi :

 "Le truc pour avoir la force de s'affirmer c'est de haïr littéralement ce qui te met en porte à faux avec les principes de l'Evangile."




Si je comprend bien ce conseil, je n'avais apparament pas assez detesté ce qui m'était arrivé puisque je n'ai pas su réagir. Et, ce qui s'est passé m'a mis en porte à faux avec les principes de l’Évangile. Voici donc ma réponse, elle se base très simplement sur ce qu'on enseigne aux jeunes mormons sur la sexualité, dans la minuscule partie qui parle des agressions sexuelles :

"Les victimes d’agressions sexuelles ne sont pas coupables de péché et n’ont pas à se repentir. Si vous avez été victime de sévices, sachez que vous êtes innocent et que Dieu vous aime."

Jeunes soyez fort (tous les jeunes mormons en ont un exemplaire) - Chapitre sur la pureté sexuelle





Je n'ai rien fait qui m'ait mis en porte à faux avec les principes de l'Evangile. Une fille qui se fait toucher les fesses dans le bus non plus. Une fille qui se fait violer non plus. Même si elle est tellement choquée, qu'elle ne bougera ni ne criera. Le viol est un acte extrêmement violant et douloureux. On ne peut pas aimer un viol, c'est physiologiquement impossible. Les blessures physiques qui en résultent ne sont rien en comparaison avec les blessures psychologiques, elles sont pourtant les témoins tangibles de la barbarie d'un viol. Pourtant les statistiques policières montrent que la victime ne fera rien la plupart du temps (longue démonstration dans l'ouvrage "Non c'est non !" d'Irene Zeilinger ).



Cet article s'adressait plutôt aux filles, parce que toutes celles qui ont expérimenté cela savent qu'effectivement, nous ne réagissons pas. Une fille ne se bat pas à l'école, ne se chahute pas entre potes. Il y a une réelle barrière psychologique qui nous empêche d'agir parce qu'on n'en a tout simplement pas l'habitude et qu'on est au pire moment de stress pour faire quelque chose qu'en temps normal on ne ferait pas déjà. C'était un appel à se préparer. Un appel à considérer qu'un jour quelqu'un dépassera nos limites et nous fera du mal et que si on s'entraine on pourra se défendre.


La première chose que je me suis dite quand je me suis calmée c'est "j'aurais dû faire quelque chose", puis checker mentalement que mes vêtements étaient bien en accord avec la pudeur, je m'étais soudain mise à douter oubliant stupidement que je portais précisément une robe retourchée par mes soins pour coller à mes standards de pudeur. Oui, j'étais pudique. Et alors que j'étais en train de déplacer la faute sur moi, je me suis rappelée ce qui est dit dans jeunes soyez forts qui dit en substance que si vous avez été victime d'une agression sexuelle, sachez avant tout que vous n'êtes pas coupable. J'ai vécu ça comme une agression sexuelle, je ne sais pas quelles étaient les intentions de mon beau-père, je ne sais pas si il s'est même demandé si c'était correct ou non. Mais en aucun cas, ni moi, ni mon mari, ne considérons que je me suis mise en porte à faux avec mes principes.

Je publie cette réponse parce que malheureusement beaucoup de personnes ne connaissent pas les mécanismes qui se mettent en place quand on est agressé sexuellement. Elles pensent que le bon sens serait de, au hasard, mordre l'agresseur en cas de fellation forcée (ce que j'ai entendu tellement de fois lors de l'affaire Dialo/DSK). La réalité est bien différente. C'est pour cela que j'ai écrit l'article précédent. Parce qu'apprendre à dire non, c'est le premier pas pour se protéger, pas du péché, mais de situation qui pourrait nous blesser irrémédiablement et que nous auront à affronter tôt ou tard sous une forme ou sous une autre.

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