mercredi 29 août 2012

Parlons d'un sujet rigolo pour changer : Le viol

Je fais partie d'une famille composée de six femmes/filles : Ma mère et mes quatre sœurs. Sur ces six femmes, à ma connaissance, trois ont subi un ou plusieurs viols, une autre plusieurs agressions sexuelles. Il reste deux survivantes. L'une d'elle a 12 ans. J'aimerais qu'elle ne passe jamais de l'autre côté.

Sur ces quatre femmes, aucune n'a porté plainte.

Et comme vous le savez, je suis issue d'une famille mormone, chez nous on ne porte pas de mini-jupe, on ne sort pas en boîte de nuit, on est à la maison après neuf heure. Nous ne faisons pas vraiment partie de ce que les mythes sur le viol considèrent comme la victime type. Je ne pense pas que les statistiques sur le viol soient vraie. Je pense que l'immense majorité de la population féminine devra faire face un jour à un viol ou une agression sexuelle.

Je ne vais pas vous parler de la façon dont on guéri d'un tel évènement. Je ne vais pas vous parler de la façon dont la justice traite le viol. Je vais vous raconter deux histoires, deux histoires de proches qui m'ont fait radicalement changer d'avis sur le viol.

F. a été violée toute son enfance par son père et son grand-père. Quand on en a parlé elle m'a dit en substance "Je n'aimais pas ça, mais je pensais que c'était normal. Je pensais que tous les papas faisaient ça avec leur fille."

M. a été violée par son meilleur ami. Quand elle en a parlé elle m'a dit en substance "Je ne comprends pas ce qui lui a fait penser qu'il pouvait faire ça. Ce n'est pas un prédateur sexuel, c'est le garçon le plus gentil et le plus serviable que je connaisse. Il a dû penser sur le moment que ce n'était pas grave".

Alors voilà, dans la première histoire on a une petite fille qui ne sait même pas qu'elle est victime. Dans l'autre on a un garçon qui ne sait même pas qu'il est bourreau. En fait quand on regarde les études sur le sujet, on découvre que le violeur type n'est pas un pervers cinglé, mais un mec normal. Vous êtes un homme et vous êtes en train de lire ces lignes ? Vous avez peut-être un jour été à l'origine d'un grave traumatisme et vous ne le savez même pas. Vous trouvez ça injuste ? Je suis d'accord.

Une des choses les plus dévastatrices pour une femme victime de viol est de s'entendre dire que c'est de sa faute. Et pourtant... Si je vous disais que pour mettre fin à l'immense majorité des violences sexuelles on devait s'appuyer sur les femmes. Pas sur la justice, pas sur les hommes, mais sur les femmes.

Mettre fin aux violences sexuelles passe par des femmes fortes.

Si on commençait par enseigner aux enfants que les sensations de leur corps ont toujours raison. Si on enseignait aux enfants que quand quelque chose leur déplait ils ont le droit de se défendre et de dire non. Et si ça doit passer par la honte de voir son gamin refuser de faire la bise à cet dame qu'on a invité à diner, on s'en fiche. Combien de violences sexuelles subies muettement on éviterait.

"Toute transgression de limite n’est certes pas intentionnelle ou malveillante. Nous-mêmes, parfois, dérangeons autrui sans forcément nous en rendre compte ou le faire exprès. Si nous voulons faire respecter nos limites, nous devons accepter l’idée que nous sommes la seule personne capable de savoir où passent nos limites, et de les identifier par nos émotions. Les intentions de l’autre, des éventuelles coïncidences ou autres « excuses » pour le fait qu’une transgression de limites a eu lieu ne changent pas le fait que nos limites ont été transgressées. Ce qui compte, c’est que quelque chose nous dérange, ce n’est pas de savoir si l’autre voulait que cela nous dérange. Et si ça nous dérange, ça doit s’arrêter, basta."

Non, c'est non ! de Irene Zeilinger

Et ce n'est pas tout. Il n'est pas juste question de le dire, montrez-lui comment faire. Il n'y a même pas besoin de parler de sexe et de pédophilie pour ça. Rien que pour vous, une vidéo méga kitch dont j'adore le message (allez, marrez-vous, en plus c'est en Québécois)





Vous avez transformé vos enfants en individus forts ? Maintenant passons aux adultes. Pourquoi un homme peut même ignorer que ce qu'il fait est grave alors qu'il est train de commettre ce que la loi considère comme un crime ? Je ne parlerai pas de l'éducation que le monde leur a donné en la matière, c'est un autre sujet, passionnant d'ailleurs. Alors pourquoi sinon ? Parce que la réaction en face n'est pas logique. Encore une histoire, mais celle-la c'est pas la mienne.

"Je voudrais vous raconter une histoire qui me hante. C’est une histoire vraie. En 1966, à Chicago, un certain Richard Speck entra par effraction dans une maison où habitaient des élèves infirmières. Neuf étaient présentes, huit d’entre elles sont mortes entre ses mains au cours de la soirée. Il était seul. Il n’avait pas d’arme. Il les a enfermées dans une pièce où il est venu chercher ses victimes l’une après l’autre, pour les emmener dans une autre pièce où chacune a été ligotée, puis étranglée. Elles savaient qu’il voulait toutes les tuer. Elles avaient la possibilité de parler entre elles pour développer une stratégie commune. Mais pas une seule fois, semble-t-il, ces jeunes femmes n’ont pensé : « Nous sommes plus nombreuses que lui, on ne se laissera pas faire, nous ne voulons pas mourir. » Une seule a eu la présence d’esprit de se cacher sous un lit – ce fut le seul acte de résistance – et elle a survécu. Il n’avait pas compté ses victimes…"

Pourquoi les femmes ne réagissent-elles pas. Même quand leur vie est en danger ? J'ai parlé un peu avec un de mes frères qui a passé une grande partie de son adolescence à se bastonner avec d'autres débiles. Pour lui, il suffisait que tu l'insultes, il te mettait son poing dans la tronche. Combien de fois m'a-t-on insultée sans même que je lève le petit doigt ? Alors je ne parle même pas d'une agression qui ferait s'allumer toutes les sirènes de mon cerveau en mode "danger, et en plus c'est sexuel !" Pour lui la réaction était un réflexe, pour moi l'inaction était l'habitude. Une fille se bat pas dans la cours. Elle n'est tout simplement pas prête à être malpolie et violente. On ne sait pas faire dans le frontal. Ça peut prendre des proportions dramatiques. Plus l'agression est violente, moins la réaction est possible.

Alors voilà comment on pourrait mettre fin à l'immense majorité des viols, ceux qui sont perpétrés par les amis, les collègues, par les types normaux ? En apprenant à se défendre. En acceptant l'idée que oui, un jour on devra affronter cette situation. Et si en plus on apprenait vraiment à taper, on pourrait même diminuer le nombre de viols commis par les vrais prédateurs sexuels.

C'est bon, la vie est belle, les oiseaux chantent. Y a plus qu'à.

Donc si vous trouvez que ma proposition vaut la peine d'être suivie vous pouvez :

En apprendre plus sur ce qu'est réellement le phénomène du viol (non, c'est pas des récits glauques, c'est des études scientifiques tout ce qu'il y a de plus froid et détaché et je les ai trouvées très intéressantes et utiles)


Apprendre toute seule dans votre coin à vous défendre et devenir une femme forte.


Ou encore mieux, trouver un cours Seito Boe (technique d'auto-défense centrée sur la légitime défense des femmes) ou de Fem Do Chi (même idée) près de chez vous.

Et puis si tout ça c'est trop long, trop compliqué, attendez mon prochain chapitre sur comment apprendre à dire non concrètement (ça vous aidera peut-être pas dans tous les cas, mais c'est déjà un début).


Petite précision : Comme je viens de découvrir avec stupeur qu'une personne a liée sur sa page web un de mes articles sur la sexualité et les mormons et des affaires de pédophilie impliquant des mormons, je tiens à préciser, au cas où quelqu'un poserait la question (enfin, en réalité, on m'a déjà posée la question) : Dans le cas de ma famille, aucun des agresseur n'était un mormon. Voilààààà.

11 commentaires:

  1. Perso il est prévu que Maya pratique un sport de combat/défense. Je vous pas comment, dans ce monde, il pourrait en être autrement !

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  2. Perso il est prévu que Maya pratique un sport de combat/défense. Je vous pas comment, dans ce monde, il pourrait en être autrement !

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    1. Je te reconnais bien là Deb :) Et j'adhère complètement.

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  3. Ton lien sur le petit manuel de l'autodéfense ne marche pas !!
    J'ai fais du taekwondo quand j'avais 16 ans, trop tard pour moi car déjà victime , mais malgrès ça à 22 ans dans le métro, trop de monde, ben un mec trop près.. j'ai rien dis, j'étais gênée, j'ai pas arrêter de trouver des excuses (c'est normal, c'est le monde, on est tous collés comme des sardines.. ) bref...
    Ma fille a 4 ans, elle sait dire non, elle sait se défendre, elle sait que sa mère la défendra... mais mes expériences sont dans ses gènes, (et donc mes réactions..) malgrès tout ça, il y a de forte chances que si je ne lui révèle pas TOUTES mes expériences, et l'aide à se détacher de cette loyauté familiale qui consiste à être une fille victime d'agressions sexuelles, elle devienne elle aussi victime...
    Tout ce que tu as dis est super, j'adore tes articles, mais parfois il faut plus, et là un bon thérapeute est nécessaire, pour se délivrer des messages négatifs encrés dans nos gênes, ou pour ceux nos enfants..

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    1. J'ai lu des théories interessantes sur la psycho généalogie. Ils développait l'idée que des choses qu'ont vécu la mère ou la grand mère pouvait influencer l'enfant. Puis il y a aussi ces schéma qui se reproduisent de génération en génération (les mères qui détestent leur fille sur toute une lignée par exemple).

      Du coup je comprend à 100% ton idée.

      Comme tu le dis si bien d'ailleurs, il faudrait se libérer d'abord psychologiquement avant d'apprendre à se libérer physiquement. Tu es pour moi le modèle de la femme forte. Aux jeunes filles tu étais impressionnante, je me disais "purée, elle au moins elle doit jamais avoir peur de rentrer seule le soir avec les kick qu'elle balance". Mais ça ne suffit pas. Du coup mon prochain article parle de ça plus particulièrement (et j'ai remis le lien, le manuel d'auto-défense parle beaucoup de l'aspect psychologique d'ailleurs).

      Biz Alison la guerrière ^^

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  4. Salut! Je me demandais juste ce que tu pensais de ce qui se dit en ce moment par certains mormons aux USA, à savoir qu'une femme ne doit jamais avorter, même en cas de viol...

    Biz, Jeanne

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    1. Le pouvoir magique de la presse... Pour le moment il y a eu le colistier de Romney qui a dit que quelque soit le moyen de conception, la vie reste la vie. Ce type est catholique. Mais comme c'est la colistier d'un mormon, tout le monde a commencé à dire que les mormons tenaient ce genre de propos. Après ils ont bien pu trouver des mormons qui allaient dans leur sens et les enregistrer. Des abrutis, il y en a partout.

      Mais je peux te donner mon avis en tant qu'individu qui n'engage que moi et ce que dit l'Eglise dans ses documents officiels.

      Mon avis : La vie reste la vie, il y a très peu de cas où j'envisagerais l'avortement. En cas de viol, je pense que je préfèrerais l'accouchement sous X si je m'en sens psychologiquement capable. Mais le viol reste pour moi une des raisons les plus légitimes d'avorter.
      Ce choix est le miens, pas forcément celui des autres. Je suis pour le droit à l'avortement remboursé tel qu'il l'est aujourd'hui en France. C'est un droit très important des femmes d'avoir le choix.


      La position de l’Église, trouvée sur son site officiel : L’Eglise permet à ses membres d’avorter dans des cas exceptionnels tel que :

      • lorsque la grossesse est le résultat d’un viol ou d’un inceste,

      • lorsqu’un médecin compétent affirme que la vie ou la santé de la future mère est en grand danger,

      • lorsqu’un médecin compétent démontre que le fœtus a de sérieux défauts et que le bébé ne survivra pas.

      L’Eglise enseigne à ses membres que même ces rares exceptions ne justifient pas systématiquement un avortement. L’avortement est un problème bien plus sérieux et ne doit être envisagé par la personne concernée seulement après avoir consulté ses dirigeants locaux et avoir ressenti grâce à la prière que sa décision est correcte.

      L’Eglise ne favorise ni ne s’oppose aux propositions des gouvernements ni aux manifestations publiques concernant l’avortement.

      (source : http://www.eglisedejesuschrist.fr/a-propos-de-l-eglise/questions-les-plus-frequentes/questions-de-societe.html#c300)

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  5. Je découvre ton blog aujourd'hui et je suis arrivée par les poils (on arrive par ou on peut), un de tes vieux articles.
    J'ai cliqué sur les plus récents ai atterri sur celui là. Et Dieu que ça me parle ! Tu as écrit ce que je pense depuis des années, ce que j'explique à mon entourage, ce dont j'ai la conviction absolue.

    En parlant autour de moi, depuis des années, ou plutôt en laissant mes proches se confier je me suis rendu compte que les deux tiers des femmes qui m'entouraient avaient subi, à minima, un attouchement. C'est d'autant plus facile pour moi de les croire que je fais parti de ces deux tiers.
    Je me suis demandée au départ si c'était la société qui encourageait ce comportement avant de me dire que non, ça doit être le cas depuis des siècles, mais les femmes n'en parlaient pas. Elles en parlent encore tellement peu ! Elles ne portent d'ailleurs si peu plainte !
    Comme tu le dis, c'est que souvent on pense que c'est "normal" ou alors le "bourreau" est un ami, quelqu'un à qui on ne veut pas faire de mal. Ou on se dit qu'on a pas été assez clair dans notre négation. On n'apprend pas non plus à se défendre et j'ai ressenti comme une libération le jour ou je me suis battue, ou j'ai mordu. Je me sentais active, enfin !

    Puis j'ai trouvé celui qui, je pense, est l'homme de ma vie. Le jour (ou plutôt la nuit) où j'ai compris que je pouvais lui faire totalement confiance c'est cette fois ou nous étions en train de faire l'amour. A un moment, juste avant qu'il ne vienne en moi j'ai eu une bouffée d'angoisse (je fais parti des deux tiers et quelque chose à ce moment là est remonté) et j'ai dis non. Je ne l'ai dis qu'une fois, je me suis juste un peu crispée et tout de suite il a arrêté. Il m'a pris dans ses bras, m'a serrée contre lui (les larmes étaient arrivées quand je me suis rendu compte qu'il avait entendu mon "non") et on a parlé : On s'est ensuite endormis sans que rien d'autre ne se passe.
    Quelqu'un qui respectait un "non" à ce moment là je me suis dis qu'il ne me ferait jamais passer à nouveau dans le camps des victimes.

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    1. Très belle expérience que de se rendre compte que notre non a une valeur et qu'il n'a pas besoin d'être hurlé et défendu à coup de poing. C'est jolie la façon dont tu y a reconnu la valeur de ton partenaire :)
      Merci pour ton commentaire.

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  6. Je ne suis pas d'accord complètement. OUI en effet comme femmes on n'apprend pas à se défendre. Mais je crois aussi que la victime est aussi en proie à un syndrome qu'on peut appeler tétanie, on fige, on ne peut comprendre, etc. Attention à ne pas double victimiser en disant que c'est de leur faute elles ne se sont pas défendues. Je sais que c'est pas ça que vous voulez dire mais des fois on dirait que oui.

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  7. Cette attitude de tétanie arrive dans une situation à laquelle on n'est pas préparé;je cite le Dr Muriel Salmona, psychiatre et psychotraumatologue:

    "La sidération au moment du viol, processus psychique habituel qui paralyse la victime et qui est un reflet de la terreur ressentie, de l'impuissance et de l'incompréhension face aux violences, au lieu d'être considérée comme un élément de gravité et de preuve est le plus souvent reprochée à la victime."

    Mais ce qui est interessant c'est qu'en se préparant à des situations difficiles on peut sortir de ce shéma.
    J'avais lu il ya quelques années un article d'une autostoppeuse régulière qui après un kidnaping a fait un vrai travail sur elle:

    "J’ai commencé par visualiser un kidnapping où l’on me tuait, puis j’en ai fait des variantes dans mon imaginaire. Au début, dans ma tête, je mourais tout le temps, mais après un moment, j’ai commencé à y survivre, en piteux état, mais tout de même! L’exercice était très éprouvant au niveau émotionnel, ça en était une obsession! De fil en aiguille, je commençais à visualiser toute une série de détails : je frappe ici et je m’enfuis comme ça, j’agis comme ci, je parle comme ça. J’ai procédé ainsi jusqu’à ce que mon imaginaire me fasse survivre en conservant mon intégrité physique. J’étais épuisée, mais j’avais la conviction d’avoir acquis des réflexes de survivante"

    Et effectivement,par la suite,dans des situations qui auraient dues être extremement stressantes elle a été capable d'agir et de sauver sa peau.Parcequ'elle était préparée.
    Je pense que sorcière du logis ne condamne pas les femmes qui n'ont pas appris à se défendre,mais dit que ce n'est pas une fatalité.Elle nous invite à prendre en main cet apprentissage,puisque visiblement la société ne se soucis pas d'apprendre à la moitié de ses membres à se défendre.

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