vendredi 21 septembre 2012

L'avortement. Si on pouvait concillier les pro-choice et les pro-life*

*Aux USA on désigne les pour ou contre l'avortement par les pro choix et les pro vie. J'aime bien cette désignation parce qu'elle exprime précisément mon sentiment vis-à-vis de ce débat.

Pourquoi parler de l'avortement maintenant ? Pourquoi soudainement j'ai commencé à réfléchir sur ce sujet alors que c'était vraiment pas une question que je me posais avant ?

Peut-être parce que je suis enceinte et que je pense souvent à ce truc qui vit en moi. Peut être parce que je viens de m'enfiler deux fausses-couches et qu'à l'occasion les médecins me parlaient de mon "avortement spontané" (c'est le terme). Peut être parce qu'un petit génie républicain a sorti une énormité grosse comme lui il y a pas longtemps (vous savez, le fameux moyen qu'aurait le corps féminin d'empêcher une grossesse en cas de vrai viol >_<)

Bref, j'y pense et j'ai eu envie d'en parler. La position naturelle d'une mormone serait plutôt pro-vie. Et pourtant, j'ai envie de défendre l'avortement. Alors pourquoi une pro-vie de base voudrait se positionner en faveur d'un droit à l'avortement remboursé ?

Parce que parmi les options pour lesquelles je pense que l'avortement est totalement justifié, il y a le danger pour la santé ou la vie de la mère et le viol. Et que j'imagine deux secondes une société où il faudrait justifier de ces deux cas pour pouvoir se faire avorter.

En Pologne, une femme a perdu la vue parce que malgré le certificat expliquant que sa grossesse allait la rendre aveugle (cas rare, mais ça existe), elle n'a trouvé aucun médecin qui a voulu l'avorter.
Et si on parle du viol, là je rigole. On n'arrête pas de dire qu'il y a des cas où il est impossible de prouver le viol et donc de condamner le violeur. Je ne parle même pas de celles qui ne veulent pas porter plainte. Toutes celles-là, se verraient empêchées d'avorter simplement parce qu'il manquerait cette preuve, cette décision de justice, qui prouverait que oui, elles ont bien été violées. Sans compter les délais pour juger ces affaires :

Félicitation madame truc, votre violeur a été condamné pour son crime. Vous avez maintenant le droit d'avorter du petit Norbert, deux ans et demi.

Hum hum...

Alors oui, je suis pour le droit à l'avortement, pour que dans ces cas extrêmes, la mère puisse avorter, simplement.

Et les autres avortements alors ? Même si je suis contre, l'interdiction de l'avortement mène à l'avortement clandestin. Il y a un cas dans ma famille, d'une femme qui a été rendue stérile suite à l'avortement qu'à exigé d'elle son mari (ce n'était pas le moment... Pour eux, ça n'a jamais plus été le moment). C'était l'époque des faiseuses d'anges, des aiguilles à tricoter et des cintres. On peut être contre, et ne pas souhaiter que ceux qui agissent selon d'autres convictions meurent ou soient blessés, ou encore que celles qui subissent la pression de l'entourage aient droit à la double peine (perdre un enfant qu'on voulait garder ET être punie ou charcutée par celui qui opère). On peut être contre la drogue (oui, bon, y a beaucoup de gens qui sont contre la drogue, je sais, mon exemple est bancal) et souhaiter malgré tout que des seringues soient facilement accessibles en pharmacie. Ce n'est pas incompatible.

Pourtant, ça ne m'empêche pas d'être triste. Triste de voir des jeunes filles croire qu'un foetus de moins de trois mois, c'est pas un être humain. Parce que c'est ce qu'on leur a dit quand on leur a parlé de l'avortement. Je sais qu'on n'y est pas attaché. Je sais qu'à quinze ans, avoir un enfant c'est enterrer son avenir professionnel. Mais il y a d'autres moyens.

Parce que moi, quand je vois à l'échographie le foetus se déplacer quand on essaye d'écouter son coeur, parce que dixit le médecin "le Doppler, ça chauffe, normal qu'il n'aime pas", je ne peux pas m'empêcher de me demander quel niveau de conscience a ce minuscule haricot qui ressemble déjà tellement à un humain. Je n'en sais rien, mais je m'interroge.

Il y a un autre moyen. Il y a l'accouchement sous X. Ça demande du courage, beaucoup de courage de décider de mener cette grossesse dont on ne veut pas à terme, mais c'est offrir la moitié. Je ne t'offrirai pas un foyer et une mère, mais je t'offre la vie.

Un enfant qui né sous X a toutes les chances d'être adopté par des parents qui désirent ardemment offrir un foyer. Seulement en France, au lieu de parler d'abord de l'accouchement sous X, on propose l'avortement, en précisant bien qu'à ce stade là, c'est presque comme s'il n'existait pas ce foetus. Pourtant pendant la visite médicale qui précède un avortement, c'est une obligation légale que d'exposer cette possibilité. Est ce que c'est fait ? Ou juste expédié parce que dans notre société, ça ne se fait pas ?

220 000 avortements chaque années pour 500 accouchement sous X...

Donc je dis oui au droit à l'avortement, mais dans mon monde utopique, on présenterait d'avantage la possibilité de l'accouchement sous X.

Alors à quand les pro-choix qui mettraient en avant une meilleure information sur l'alternative à l'IVG, au lieu de vouloir priver les femmes d'un droit qui malgré tout leur revient ?

Parce que quand je vois des mecs anti-avortement dire "oui, la mère elle pense à son choix, mais le choix du bébé ? Il a décidé de mourir lui ?", j'ai envie de lui répondre : "Bon, coco, t'es à mille lieux de savoir ce que représente la maternité et la grossesse. Laisse les femmes en parler entre elles, tu veux ? On a un cerveau et on est d'ailleurs mieux placées que toi pour être émues par une échographie de foetus" (désolée, mais c'est ma deuxième grossesse, je vis en direct live la façon dont le père est complètement à côté de la plaque et n'a pas conscience de ce que vit la mère. Pourtant il est chouette mon mari)

Parce que quand je vois de quoi est composé l'argumentaire des anti-avortements, j'ai pas envie de combattre à leur côté. Parce que malgré tout, une loi pour la vie mettrait en péril ce que je pense être un avortement respectable et légitime. Et pourtant je suis pour le respect de la vie... Et ce respect, ne passera pas par des lois.

11 commentaires:

  1. Doppler ne chauffe plus, il est mort il y a 150ans ! Ou alors le médecin ne parlait pas du mathématicien auquel je pense :p

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    1. On pourrait même dire qu'il est bien refroidi :D
      Grace à lui on peut mettre des PV aux voitures qui vont trop vite, et écouter le coeur des bébé ! L'effet doppler sert dans plein de trucs en fait.

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  2. Je suis d'accord avec toi pour les cas où je trouve pas ça anormal d'avorter. Par contre, pas d'accord pour la solution (enfin bon, moi j'en ai pas du tout de solution! lol) parce que l'accouchement sous X c'est quand même une grande souffrance pour les enfants par la suite. J'aime autant qu'ils ne naissent pas plutôt que de me dire qu'ils souffrent de ne pas être forcément aimé (cf gamin de la DDASS qui passe de foyer en foyer...)

    Enfin si, j'ai un début de solution mais elle coûte cher... Bcp plus de prévention pour les jeunes filles: figure toi que certaines se disent "pendant mes règles, aucun risque" ou pire "si je le fais debout, aucun risque non plus"! Après on s'étonne du nbre d'avortements...

    Jeanne

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    1. XD j'adore le "si je le fais debout"...
      oui, je sais pas comment mieux faire passer le message, nous on en a eu un peu au collège. Bon, ça a pas forcément eu beaucoup d'impact, il y avait toujours des idées un peu tordus, mais bon.

      Par contre, un enfant qui né sous X a quasiment toutes les chances d'être adopté (sauf, et je sais, c'est moche, si il est handicapé). C'est un des cas les plus favorable à l'adoption, parce que la mère renonce définitivement à l'enfant. Donc ça fait un bébé tout petit, qui est légalement adoptable. En fait c'est un des seul cas où on sait que l'enfant sera adopté et ce de manière très rapide.

      Tous les autres, il suffit que le parent envoie une carte postale une fois par an pour qu'il ne soit pas adoptable. Celui-là ce sera effectivement les foyers.

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  3. Mon avis est surtout que le débat ne concerne pas les hommes.Que se soient pour ceux qui exigent de leur compagne qu'elle avorte (où étaient ils au moment de la question de la contraception) que ceux qui exigent qu'elles mènent leur grossesse même si elle n'est pas désirée et assumable.
    C'est un choix qui concerne uniquement la personne concernée.La pro life peut choisir pour elle même.La pro choice aussi.Quand à donner plus de possibilitées,c'est une option beaucoup plus intelligente que vouloir contrôler la vie d'autrui.Il serait interessant de connaitre les statistiques avortement/accouchement sous X dans les pays où la politique à ce sujet diffère.

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    1. Le conjoint, ou les parents, qui veulent que la femme enceinte avorte, je trouve ça gerbant. Dans ce sens là, pas de doute, c'est pas à eux de décider.

      Dans l'autre sens (la femme veut avorter, l'homme veut qu'elle le garde)... Les psy disent que la femme devient mère pendant la grossesse et que l'homme devient père à la naissance. Donc techniquement, l'homme, qui soyons honnêtes, n'est pas encore père dans sa tête, n'a effectivement pas son mot à dire.

      Et puis, même quand on le veut, la grossesse reste un sacrifice. C'est pénible pendant, parlons pas de l'accouchement et le corps en ressort différent. Donc encore une fois, au regard du prix à payer, c'est celui qui paye la plus grosse partie de la facture qui a son mot à dire.

      Du coup, je suis plutôt d'accord avec toi, même si dans un monde utopique on devrait pouvoir discuter, respecter l'autre, etc.

      J'aimerais avoir les stats des états unis pour le rapport IVG/choix de l'adoption. Apparemment c'est un chouilla plus dans les moeurs (j'adore le film de Juno sur ce sujet)

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  4. J'ai eu beaucoup de mal à trouver des stats. Mais ce que j'ai trouvé ne m'a vraiment pas plus. L'accouchement sous X est très différent aux USA, parce qu'on peut choisir les parents de l'enfant à naitre. Ca entraine un vrai business, avec des propos culpabilisant et infantilisant pour mère. Du genre "vous avez pensé à tous ces pauvres couples qui attendent de pouvoir adopter ? Hein ? Et puis l'avortement c'est un crime répugnant, viendez voir nos belles vidéos d'avortement..." et le plus beau de tous "donner son enfant pour l'adoption est la solution la moins chère pour vous" (sourire bright, avec même l'argument qu'en devenant parent, ça vous coutera encore plus cher que si tu avortais ! Je rêve -_-)

    Bref, du coup, j'ai pas de chiffre, mais un truc pour l'état d'Utah où je sais qu'il y a un gros gros parti pris pour l'adoption (60% de la population mormone, donc une jeune fille enceinte mormone, c'est être en face d'un évêque qui aura comme ligne de conduite : convaincre la mère de faire adopter l'enfant). Ce serait l'état au taux d'avortement le plus faible des états unis et le plus gros rapport adoption/avortement. Mais certains soulèvent le fait qu'il y a peut être un déplacement des avortements sur l'état voisins.

    Voilà, rien de clair, j'ai du mal, c'est des termes que je maitrise pas exactement (je crois que l'équivalent c'est closed adoption). Bref, rien de probant donc. A prendre avec des pincettes.

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    1. D’ailleurs, sur le site de l’église, ils ne parlent pas d'avortement, mais d'épouser le père... (http://providentliving.org/lds-family-services/single-parent?lang=eng)

      Sinon, j'ai entendu dire que le service d'adoption de l'église était très bon... (mais si tu savais ce que je pense des bruits de couloir!)
      https://itsaboutlove.org/ial/ct/eng/site/pregnant/

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    2. Dans le manuel des directives officielles, il est question si l'âge ou la situation du couple ne le permet pas (genre, coup d'un soir... On va pas leur dire "mariez vous au temple les enfants), on conseille de mener la grossesse à terme et de faire adopter ou d'élever l'enfant.

      Je connais une fille qui est tombée enceinte avec une histoire sans lendemain, l'évêque ne lui a pas demandé de se marier avec le père. Bon, elle avait pas 15 ans non plus, elle était majeure, avait fait des études, etc.

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  5. Je connais une fille qui est tombée enceinte d'un coup d'un soir.L'évêque ET les parents lui ont dit de se marier avec.

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    1. Je ne m'exprimerai pas sur les parents. Qu'ils soient mormons, athée, ou bouddhistes, ils peuvent être stupides. Et leur stupidité de représente aucune association, politique ou ligne de pensée.

      Par contre pour l'Eveque, je ne fais que citer ce que la manuel d'administration de l'Eglise :

      "Quand il est peu probable que le mariage réussisse à cause de l'âge ou d'autres circonstances, il faut recommander aux parents non mariés de prendre des dispositions avec LDS Family Services pour placer l'enfant en vue d'une adoption (...)"

      Voilà l'instruction officielle : Il faut recommander aux parents. Recommander, pas demander.

      Et si le mariage n'a que peu de chances de réussir, il est évident qu'on ne doit pas le montrer comme une option.

      J'ai pas envie de me taper le reste à recopier, mais la suite dit qu'il ne faut pas encourager les parents à élever seul ou en couple l'enfant pour montrer leur repentir. On n'élève pas un enfant pour expier une faute.

      Et que si un des parents veut élever seul l'enfant, ce choix doit être respecté et soutenu. (on parle de compassion et sollicitude de la part des autorités et des membres...)

      Voilà, l'histoire de cette fille est bête. L'évêque en question n'a pas respecté ce que l'Eglise attendait de lui. Et les parents étaient très stupides dans leur décision. Mais c'est pas l'Eglise qu'il faut incriminer.

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