vendredi 14 décembre 2012

Permis de grossir

J'ai envie de vous alerter, comme une sentinelle. Parce que ça m'inquiète.

Quand je suis tombée enceinte une première fois, j'ai découvert un monde merveilleux : J'avais officiellement le droit de grossir. J'étais dans une phase où je m'embêtais avec trois kilos en trop (j'étais bête). Et là, non seulement les autres me le disaient, mais moi aussi : Goinfre toi ma vieille, tu as le droit. Merveilleux je vous dit, une liberté dont je ne croyais pas m'être privée, et pourtant je l'ai vraiment ressentie comme telle.

J'étais un coton-tige enceinte, j'avais des fringales de pâtes et je n'avais aucune culpabilité quelque soit la quantité et la qualité que je mangeais, et j'ai pas trop fait attention aux "mais 7 mois ?!? Tu les fais pas du tout"

Et puis j'ai accouché. Petit bébé fantastique auquel j'avais du mal à m'attacher pourtant, mon corps était étrange, ma nouvelle situation était étrange. Mes seins, je vous parle pas de l'hécatombe, mes jeans, je pouvais toujours pas y entrer et mon vagin qui ressemblait plus à grand chose était le cadet de mes soucis face à un autre problème majeur : Je n'avais plus d'abdo, je ne pouvais pas envisager de courir dix mètres, mes muscles n'en étaient pas capables. Et puis il y avait les yeux, j'y voyais moins bien. J'ai appris qu'une grossesse avait un prix que je ne soupçonnais pas.

Et un mois était pas passé que sans que je demande quoi que ce soit, on me disait "t'inquiète, tu mettras pas longtemps à retrouver ton poids d'avant, et puis t'es bien partie"

Alors la vie a été bien cruelle, parce que j'ai perdu les sept kilos qu'il me restait en trois jours. J'ai perdu ces sept kilos et d'autres aussi, sur un lit d’hôpital. J'avais plus d'abdominaux avant, après ça je n'avais même plus les bras et les jambes pour me porter, j'étais en fauteuil roulant, le fait même de m'assoir pour manger m'épuisait. D'ailleurs ce bébé qui avait fait irruption dans ma vie, je ne l'avais plus non plus. Une heure par jour quand j'étais en état. Il a fait son premier sourire, je n'étais pas là.

Mais j'avais la ligne. La ligne vieille dame décrépie. Je me souviens de l'expression de mon mari au bord des larmes un jour où il assistait à ma toilette. "Si tu te voyais, tu as la peau sur les os... Tu es devenue toute petite"

Et on m'a félicité. Pour cette ligne que j'avais retrouvée si vite. Les gens ne savaient pas. Et on m'a comparée à une amie qui avait un bébé de presque le même âge et qui semblait toujours enceinte de 7 mois. Là j'ai commencé à me dire "danger"...

J'ai retrouvé mes abdos, mes biceps, mes cuisses et toute la clique (et même mon vagin, youhou !). Je ne sais pas si j'ai repris mon poids d'avant, je ne suis plus jamais montée sur une balance depuis.

Et là je suis à nouveau enceinte, trois ans plus tard. Et celle qui fait mon suivi a dit "bon, pour le magnésium, vous pouvez prendre du chocolat noir, vu votre gabarit vous pouvez vous le permettre. Pas de folies, hein, deux carrés par jour..." Mais c'est quoi ce délire ? Il n'y a pas qu'elle en plus. J'ai commencé à entendre des remarques sur le fait qu'on grossissait, c'était normal, mais il fallait faire attention. J'ai dû prendre quatre kilos en cinq mois, mais on brandi le spectre de la prise de poids devant moi. On sait jamais...

Alors j'ai peur, j'ai peur que la France avec son "mangez, bougez" débile soit en train de devenir ce que j'ai vu en Russie. En Russie quand vous êtes enceinte, le médecin vous met au régime. Aliments autorisés : Kasha (bouillie de blé) et Kompote (tisane à la pomme). Et après, c'est Niet ! Ce n'est pas une blague, ce n'est pas exagéré, c'est la réalité d'un pays où les femmes sont terrifiées par la prise de poids.

Une femme enceinte au régime augmente les chances que l'enfant qu'elle porte devienne obèse. Je comprend même pas comment des médecins peuvent se laisser gagner par cette folie. La grossesse est le moment où je ressens le plus fort les appétits de mon corps, les brider est la pire chose qu'on puisse faire alors qu'ils crient si fort. Et je suis scandalisée qu'on puisse croire que j'attends l'approbation du corps médical pour bouffer du chocolat (que je m'enfile à hauteur d'une tablette par jour, désolée), attristée quand les gens pensent me faire un compliment en parlant de ma minceur exemplaire, affligée de voir des jeunes filles de 15 ans me dire qu'elles veulent être aussi mince que moi quand elles seront enceinte (Holà, y a le temps cocotte).

Je hais ce permis de grossir qui est quand même en train de disparaitre. Je hais cette petite idée vicieuse qui s'infiltre dans nos têtes et qui nous dit que attention, on pourrait bien se réveiller gros un jour et que ce serait la fin du monde. Je hais cette mentalité stupide qui fait que certaines de mes amies les plus belles ne peuvent pas se regarder comme elles sont vraiment.

10 commentaires:

  1. Elle a osé te dire pour les carrés !! hahahha !! mais madame, le chocolat noir fait moins grossir que le chocolat au lait : 1 il n'est pas sucré de saccharose, et 2 son index glicémique est plus faible ! et toc ! looool

    Sinon heureusement on ne m'a jamais fais de remarques sur la prise de poids de mes 2 grossesses, sachant que pour Tom j'étais déjà en surpoids... ben moi je dis faut pas se prendre la tête, mais c'est vrai que le danger lié à trop de poids c'est l'hypertention..
    Bon et les vergetures ! loool

    Et sinon moi aussi j'ai eu comme toi : baisse de la vue pour première grossesse, je me suis dis : je vais finir aveugle après le second... verdict... la seule trace du passage d'un second enfant ce sont les vergetures, ouf !

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    1. J'ai eu des vergetures aussi. Plein plein, j'étais désespérée XD Alors que j'ai passé toute ma grossesse à me badigeonner d'huile de je sais plus quoi.

      Mais mon mari qui a des remarques un peu bizarres des fois m'a dit "non, ça va, j'aime, c'est un peu brillant, c'est joli" -_- bon au début j'ai cru qu'il se moquait de moi, mais au final, je les ai pris comme des peintures de guerre :P

      Et puis elles ont fini par disparaitre après un an ou deux.

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  2. J'étais deja pas épaisse,un accident de la vie m'a envoyé en dépression et fait perdre les 3 kg qui me faisaient passer de "maigreur" à "dénutrition".
    Ma soeur,taille 38,courbes magnifiques,taillée comme il faut,des hanches marquées,une taille fine,un buste élancé,lorgnait sur mon petit 34.
    On discutait des normes médicales et d'IMC.
    Quand je lui ai dit dans quelle fourchette je me situais elle m'a dit "C'est dingue,intellectuellement je sais que c'est pas normal et bon d'avoir ton poid,pourtant quand je te regarde je continu de me dire que c'est ce à quoi je veux ressembler."
    On souffre d'un distorsion visuel,voilà ce que la société à bien imprimé dans nos cerveau,la taille normale c'est la taille "dénutrition" -_-

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  3. Ah, les kilos pendant la grossesse, vaste sujet!
    Pour n°1 j'ai pris 20kg, avec déjà un sur-poids à la base. Ma gynéco, qui n'en avait strictement rien à fiche de moi (pensez-vous, je n'avais ni nausées, ni tension, ni complications d'aucune sorte, trop chiant...), ne m'a jamais dit quoi que ce soit.
    C'est en arrivant le jour de ma césarienne, que j'ai eu droit à: "Mais qui vous as suivi? Pas le docteur P. (qui m'opérait), il ne vous aurez jamais LAISSE prendre autant de poids! Pfff".
    Ce qui au vu de mon moral ce jour là, a fini de m'achever....
    Alors, oui, j'ai mis du temps à perdre le poids pris, et aujourd'hui, après ma deuxième grossesse, j'ai encore des kilos "en trop". Que j'assume bien mieux, du fait de ma nouvelle condition de maman!

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    1. Ouhhh, que c'est gentiment dit ça XD ils avaient du tact à la maternité dis-donc.

      C'est cool que ta maternité t'ai aussi aidée à assumer :) C'est vrai que dans un sens ça apporte pas mal de changement et de maturité de devenir parents.

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  4. Bonsoir, je te lis souvent en sous-marin, là ce que tu écris me fait réagir. Je suis actuellement enceinte et très obèse (au regard de l'IMC)et j'ai longtemps eu peur de parler de mon désir d'enfant à un médecin ou gynécologue. Ma meilleure amie, quand elle a découvert sa grossesse, s'est vu répondre que "Mais madame, avec votre poids, on ne doit pas faire d'enfant!" et elle pesait 25kg de moins que moi. Et ce n'est qu'à la fin de la première consultation avec une gynécologue que cela a été abordé, par moi. Elle n'a pas tiqué sur mes 98kg, m'a juste répondu qu'il fallait éviter de trop grossir "Pas 20kg quoi!" et ça m'a soulagée d'une pression énorme. Certes, ce n'est que le début, et j'ai surtout perdu 2kg pour le moment (à presque 3 mois, grâce aux nausées), mais je me sens moins stressée à ce niveau, je crois que je ferai mieux face aux remarques.

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    1. Bienvenue à toi lectrice sous-marine :)
      L'expérience de ta meilleure amie est affligeante... Heureusement que tu as eu un accueil différent. Il te reste un bout de chemin à faire et j'espère que ta grossesse se passera bien (malgré les nausées du début, mais courage, ça va passer). En tout cas félicitation d'avoir quand même sauté le pas, la pression que subit les personnes en surpoids ou obèse est malheureusement omniprésente :(

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  5. ha, le poids.. c'est tellement devenu un emblème de réussite ou ratage social que j'hallucine toujours un peu..

    En règle général je fais aux alentours de 80-85kg et puis il y a deux ans, j'ai perdu du poids, je suis arrivée à rentrer du 40 alors qu'en général je fais du 46/48.. j'avais ma silhouette différente, mon visage aussi...

    Et c'est les autres (c'est toujours les autres) qui m'ont choqué.. j'avais l'impression que là, maintenant que je faisais une taille "potable, acceptable" j'allais trop réussir ma vie (que je réussi d'ailleurs de la même manière quand je fais du 46).. avec des remarques du genre, ah, non mais c'est incroyable comment ça te change, ça va révolutionner ta vie (aheum)

    ça m'a beaucoup interpellée à l'époque, depuis, j'ai repris ma taille habituelle (sans avoir changé quoi que ce soit à mon alimentation ni à mes manières de faire.. allez savoir pourquoi j'avais perdu ce poids) et j'ai moins de gens qui me disent que maintenant, je vais être plus heureuse..

    c'est n'importe quoi ! je suis en train de lire beauté fatale (http://lmsi.net/Beaute-fatale) et j'avoue que ça parle bien de tout ça aussi !

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  6. Je me reconnais tellement! j'étais littéralement épuisée après ma grossesse et mon accouchement, je ne pouvais même plus lever les bras au dessus de mes épaules, je ne m'occupais pas de construire un lien avec mon bébé juste le minimum la nuit avant que son père prenne entièrement la journée en main pendant que j'essayais vainement d'au moins avaler une bouchée et de me remettre pendant 2h d'un simple passage aux toilettes.
    J'ai eu de graves problèmes de santé ensuite et pourtant tout le corps médical me disait qu'il fallait aussi perdre les 3 kilos pris "tout de même", "bon on est gentil vous avez 6 mois". Je me sens tellement en colère, incomprise, non soutenue, fatiguée. Mon IMC est à moins de 25, je n'ose imaginer ce que doivent endurer celles qui sont à plus de 25. C'est délirant ce jugement de tous, comme si le fait de perdre du poids était facile pour tout le monde, comme si c'était un des buts les plus important de notre vie, comme si notre poids était le reflet d'une personnalité malsaine.

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