samedi 2 février 2013

Petits conseils aux pères en ce qui concerne l'accouchement

Les cours de préparation à l'accouchement sont l'occasion de rencontrer d'autres futurs parents. Parmi ceux que je fréquente depuis maintenant quelques mois, il y a un couple qui a l'air de partager un fantasme très particulier : Celui du père qui se fait tabasser pendant l'accouchement. Il ne se passe pas une séance sans que monsieur nous raconte une histoire d'un ami qui s'est fait mordre/taper/arracher la chemise/insulter ou broyer la main (pendant que sa femme opine en rigolant). Notre sage-femme a beau lui expliquer que dans toute sa carrière elle n'a que très rarement vu des agressions physiques de mamans sur des papas désespérés, il nous dégotte une nouvelle histoire à chaque fois. A croire qu'il ne fréquente que des hommes battus (ou un club SM... Je me pose toujours la question).

Alors pour tous les papas, ou potentiels futurs papas, voici une liste de petits conseils pour ne pas se faire assommer avec le monitoring et garder l'amour de votre moitié après cette difficile étape.

Pendant des années, que dis-je, des siècles, l'accouchement était une affaire de femmes. Les médecins n'étaient même pas conviés, c'était la sage-femme, la guérisseuse, la servante, la mère, la voisine, enfin, rien qui ne porte la moustache (quoi que), qui gérait tout ça. Aujourd'hui, vous avez la merveilleuse chance, le privilège infini d'avoir le droit de venir. Alors pour commencer, quelques bases sur ce qu'est un accouchement.

Bases pour newbie et autres nullipares (gens qui sont nuls parce qu'ils ont jamais eu d'enfant... Ou gens qui ont un nombre nul d'enfant, à vous de voir) :

L'accouchement ça dure en moyenne 8 heures (pour certaines qui ont un très mauvais karma, jusqu'à 70h, ça se voit parfois et puis après y a les petites veinardes qui accouchent en deux heures top chrono). Mais attention, l'accouchement c'est pas juste l'expulsion du bébé (sinon, on est d'accord, 8 heures d'expulsion, l'espèce humaine ne serait plus).

En gros, pendant une journée, la mère va avoir des contractions régulières. Puis à la fin, pouf, en une demie heure, poussez madame, félicitation c'est une fille.

Alors pour info, la douleur des contractions à été évaluée au niveau d'une fracture ouverte, donc oui, pendant une journée en continue, l'amour de votre vie va avoir une fracture ouverte pendant deux minutes, toutes les dix minutes. Au mieux à la moitié de la journée on lui proposera une péridurale, qui ne marchera pas toujours (genre elle marche à moitié : Vous n'avez une fracture ouverte que sur le côté droit, mazel tov !). Donc oui, ça fait mal et ça fatigue, et pas vraiment parce qu'un bébé énorme passe par un vagin finalement assez étroit. Ça en fait, c'est presque anecdotique.

La mère peut crier (fort, OK, bon très fort, on a entendu des hurlements à glacer le sang pour notre numéro 1, ça peut être flippant), mais il semblerait que ce soit plus un mécanisme qui l'aide à s'ouvrir un peu plus efficacement qu'une réponse directe à la douleur. Dans tous les cas, laissons les patientes crier, c'est on ne peut plus légitime.

Maintenant que vous savez tout ça, je peux vous dire ce que vous pouvez faire et ce que vous ne devez pas faire (au risque de rejoindre le club SM de mon copain de préparation).

A l'arrivée :
Oui : Porter le sac, les papiers, poireauter devant le secrétariat, l'aider à avancer si elle vous le demande.
Non : Préparer une bassine d'eau chaude (c'est un mensonge des films, ça ne sert à rien on vous dit).

Pendant le travail :
Oui : Faire remonter les demandes de la mère au corps médical ("elle dit qu'elle a très mal et qu'elle veut savoir où ça en est", "Nooooon ! On avait dit pas d'épisiotomie, tu lâches ce ciseau ou je te fais une prise de judo", ou "Y a quelqu'un dans le service ? Ça fait deux heures que personne n'est passé voir si ça allait")

Non : Transmettre les indications de la sage-femme qui vient elle-même de le dire à voix haute ("Allez, la dame elle a dit qu'on va devoir pousser !" c'est le moment où un des amis de SM-boy s'est fait arracher ses fringues "Tu vas fermer ta g*****, oui ?!? T'as qu'à pousser espèce de branquignol !")

Oui : Lui faire la discussion entre les contractions.

Non : Commenter le diagramme du monitoring pendant une contraction. (A ce moment, vous la fermez, c'est tout, compris ?)

Oui : Répondre à toutes ses demandes, même les plus saugrenus ("Tu peux appuyer sur le haut de ma fesse pendant que je me met à quatre patte, je te jure, ça calme la douleur")

Non : Lui donner des conseils que votre mère ou vos collègues de travail vous ont donné ("Tu sais, maman m'a dit qu'il fallait souffler très fort avec le nez et imaginer des bateaux")

L'expulsion :
Oui : Vous la boucler. Vraiment.

Non : Jouer les coach ("pousse, pousse, pousse, pousse !")

Oui : Restez bien à côté de votre chérie pendant l'expulsion

Non : Regarder de l'autre côté... Traumatisme très probable, entre le sang, la transformation en autoroute à bébé et d'autres trucs que je ne dirai pas ici. Pour l'honneur de votre femme qui compte quand même redevenir un jour un sex symbole à vos yeux et pour votre propre psychisme, DON'T ! (Même si personnellement je m'en fichais, un rapide sondage me confirme qu'une fille normal n'a pas envie d'avoir un caméscope braqué sur la sortie du bébé)

En cas de problème :
Oui : Lui tenir la main ou vous écarter pour laisser la place aux médecins
Non : Courir partout en hurlant, demander qu'est ce qui va pas, si elle va mourir, tomber dans les pommes...

Avant, pendant, après :
Et alors, ce qui me parait évident, mais qui apparemment n'a pas effleuré l'esprit de certains crétins déjà croisés dans la vraie vie :

NE PAS DIRE QUE CA FAIT PAS SI MAL QUE CA, que la péridural anesthésie très bien de nos jours, qu'il faut arrêter le délire, que c'est pas si terrible.

Bref :
L'accouchement en fait, ça reste une histoire de femmes, l'histoire de votre femme, elle sera toute seule avec son corps, son enfant, sa douleur, sa joie ou ses déceptions, vous pouvez l'aider un peu (oui, un peu seulement) mais laissez la choisir, demander, changer d'avis. Finalement vous pouvez être un spectateur utile ou un gros boulet, à vous de voir.

17 commentaires:

  1. Merci, je viens de lui en lire des passages. Mais je le garde en mémoire, parce que, comme il dit, on a encore 5 mois 1/2 pour se préparer, il refuse encore d'y penser ^_^

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    1. Il fera son chemin personnel pendant ce temps :D

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  2. hahahahahaha !!! j'adore !! tu m'a trop fait rire !!!

    "Non : Préparer une bassine d'eau chaude (c'est un mensonge des films, ça ne sert à rien on vous dit)."

    Alors là c'est vrai, j'ai jamais compris pourquoi ils font ça.. gros mystère...

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    1. Pour occuper le père le temps que sa femme accouche en paix ?


      Je suis loin ^^ ---------> [ ]

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    2. Non, non, ça me parait être une très bonne explication XD

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  3. Je n'ai pas compris l'histoire de la bassine d'eau chaude.
    je veux bien suivre tes conseils, mais même avec toute la volonté du monde, si je tombe dans les pommes, je n'y suis pour rien... Sauf si je n'ai pas suivi le conseil de ne pas regarder de l'autre coté :p

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    1. Raymond m'a dit la même chose "comment tu peux dire ça ? Ça se maitrise pas !" hihi

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  4. C'est pas pour râler mais je trouve ça plutôt sexiste, l'histoire de "le sexe de votre femme va être déformée, il va se transformer en un truc rouge béant immonde, et si ça se trouve vous verrez du caca ! Alors tenez-vous à distance sous peine d'être traumatisé par cette vision d'horreur et de ne plus jamais pouvoir ressentir du désir sans revoir cette image, qui bousillera à vie votre vie sexuelle".

    J'ai déjà vu mon mari dans un sale état, complètement défiguré après un accident dont il s'est sorti avec le front entièrement ouvert, des bleus partout, les yeux tuméfiés un peu style Frankenstein. Et c'était "juste" un accident, on était soulagés qu'il aille bien mais on n'a pas eu un bébé au bout du compte... Bon, eh bien quand il avait cette tête-là, je l'aimais quand même, et quand il a retrouvé son aspect physique normal je l'aimais encore, et depuis on a refait l'amour tout à fait normalement, je peux encore voir ses yeux et chavirer sans revoir à quel point ils étaient déformés ce jour-là...

    Réduire le désir à "votre femme est belle, elle ne fait pas caca (du moins vous ne le voyez pas), elle accouche sans que son sexe ne change de forme (tant que vous ne regardez pas), entretenez soigneusement cette illusion sous peine de ne plus la désirer", ça ne me parle pas.

    Et puis bon, s'il est en bas, il verra mieux les ciseaux s'approcher pour l'épisio et pourra être plus rapide sur la prise de judo. Parce qu'à mon avis, une épisio peut pourrir bien plus sûrement la vie sexuelle post-accouchement qu'un homme qui a regardé le bébé sortir.

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    1. En fait au début j'étais un peu comme toi. Le sexe c'est plein de choses et j'avais envie de dire "si tu l'aimes pour les rapports sexuels, aime le pour ses autres rôles, quand il y a les règles, quand il a des pertes, quand nos enfants passent par là"

      Et puis j'ai eu une expérience qui m'a fait comprendre que je devais respecter la sensibilité de mon mari : Une de mes soeurs s'est empalé le pieds sur un truc, on était seules toutes les deux et c'est moi qui ai dû la rassurer, l'aider à gérer la douleur, essayé de nettoyer pour voir si c'était méchant ou juste superficiel. Et du haut de mes 25 ans, j'ai commencé à pleurer et à trembler. Je manquais pas d'amour pour ma soeur, c'était pas la mépriser. C'était juste être choqué par quelque chose que je n'avais pas l'habitude de voir.

      Donc un vagin pendant la descente, je conçois que des pères ne soient pas prêts à voir ça. Nous même, on ne voit pas ce qui s'y passe. Quand j'ai juste touché j'ai eu l'impression qu'on m'avait changé de corps. Donc oui, dans l'idéal, si on était pas des petites mauviettes, je dirais qu'il faut pas avoir peur de voir la nature à l’œuvre.

      Et en dernier argument (je me défend, je me défend), ma mère a été mortifiée d'apprendre que mon père l'avait vu se vider sur la table d'accouchement. On est dans le cas inverse : Lui s'en fichait, elle se sentait humiliée. Alors bien que ce soit pas une réaction objectivement intelligente, se sentir humiliée dans son couple, c'est jamais une bonne chose.

      Voilà :) (dans mon couple, c'est plutôt mon mari la princesse qui ne fait pas caca, et moi celle qui s'exclame que "oh, tiens, c'est marrant ce que j'ai trouvé dans ma coupe menstruelle aujourd'hui", alors je comprends ton ralage, mais la majorité des gens sont pas prêts :/

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    2. Oui, je comprends tout à fait ce que tu dis, j'ai cette même sensibilité. Quand ma fille s'est ouvert l'arcade, mon mari a dû faire tous les soins, j'en étais incapable. Quand mon mari a eu l'accident dont j'ai parlé plus haut, j'ai pu faire certaines choses, mais pour d'autres il a dû se débrouiller tout seul tellement ça me coûtait de juste *regarder* les points de suture. Quand j'y repense...

      Mon idée n'est pas de dire qu'il faut les *forcer* à regarder, mais simplement de leur laisser le choix (s'ils ne supportent pas la vue du sang, peu de chances qu'ils s'y aventurent) sans distiller de conseils type "attention, c'est gore et mauvais pour la vie sexuelle future".

      Quant à ta maman, je suis bien désolée de lire ça :-( Et autant je suis d'accord que l'humiliation dans le couple est qq chose de terrible (l'humiliation tout court, en fait), autant dans ce cas précis, ce n'est pas l'homme qui humilie la femme mais la femme qui se sent humiliée par quelque chose de pourtant physiologique. On pourrait dire que l'humiliation vient du conditionnement, en fait, et c'est donc au conditionnement qu'il faut s'adresser, pas au mari.

      Loin de moi l'idée de lui jeter la pierre, hein : on ne peut pas dire que la société fasse quoi que ce soit pour aider la femme à vivre son "animalité" pendant l'accouchement.

      Mes deux centimes !

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    3. : / Tu as raison sur le conditionnement.

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  5. Je peux juste publier en tant qu'anonyme si j'ai pas un compte bidule truc ? C'est Koa...

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    1. Vous n'avez pas besoin d'un compte bidule truc. En dessous du champs où vous écrivez votre message, vous avez une option "Répondre en tant que". Vous pouvez choisir l'option "Nom/Url" et entrer votre nom et votre site internet (si vous n'en avez pas, laissez cette case vide).

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  6. J'ai toujours été extrêmement jaloux des femmes, de ces territoires qui n'appartiennent qu'à elles, où l'on est admis (à grand peine) que si l'on ne s'exprime pas.

    J'ai découvert des blogs féministes depuis un petit moment et je m'en régale car leurs articles remettent tout cela en question (les territoires spécifiques, masculins ou féminins)

    C'est un peu dans cette optique que j'ai lu votre article, pouvoir partager plutôt que de sortir ou regarder ailleurs comme il nous a toujours été demandé.

    Personnellement, les naissances de mes enfants auront été les plus grands et les plus beaux jours de ma vie ! Il n'y a d'ailleurs rien au monde qui peut égaler une telle intensité d'émotion !

    Quoi que j'ai pu voir pendant les accouchements (rien que du très naturel) leurs mères sont devenues pour moi des êtres fabuleux aux pouvoirs extraordinaires, et j'avais la chance inouïe de pouvoir les fréquenter et même, des fois, que l'on fasse l'amour...

    Elles ont donc ce pouvoir que je n'ai pas et dont je suis extrêmement jaloux !!!

    Maintenant on me dit encore de ne pas regarder, que ça, ça ne me regarde pas...

    Alors je ne leur laisserai pas l'exclusivité de l'instinct maternel (En passant, un grand merci à Odile Fillod qui a mis des mots sur mes révoltes internes) :
    Ma fille, dont j'ai la garde, qui a quinze ans maintenant, par lapsus ou par plaisanterie, m'appelle très souvent maman !

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    1. Merci pour ce témoignage d'un père. Désolée, si on vous exclue, l'enfantement reste effectivement un territoire féminin. Mais vous avez raison, on peut vous y inviter. C'était plutôt un article à destination de ceux qui ne veulent pas venir (soyez discret et il vous arrivera rien de méchant), ou qui s'imaginent avoir un mot à dire et qui pompent l'air à leur moitié sans rien y connaitre.

      Après il y a d'autres papas qui se débrouillent très bien à l'instinct. C'est très joli tout ce que vous avez dit sur la magie de l'enfantement. Je me décrirais pas comme un être surnaturel, mais je reste convaincue de la part de divin qu'il y a dans le miracle de la vie.

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  7. Je pense aussi que le père peut aider la mère à être dans sa bulle, dans son univers et la protéger des intrusions. Faire tampon entre le corps médical, les bruits et le travail de la naissance. J'aurais pu accoucher seule, en théorie (pour la partie "mon corps peut le faire") mais savoir que le père était là pour me protéger m'a permis de me concentrer sur la naissance.
    Note : il a regardé le premier bébé sortir et cela ne l'a pas traumatisé. Je pense qu'il était ému. Pour le 2ème, il était tout simplement face à moi (à 4 pattes), donc pas possible de voir mais il a été d'un soutien presque exemplaire.
    Le presque ?
    Me dire "je suis un peu crevé" parce qu'on faisait une nuit blanche, durant une contraction qui faisait descendre le bébé très près de la sortie...-> à ne pas faire.

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