jeudi 5 septembre 2013

Survivre à un viol ou une agression sexuelle

Il prend un air contrit. "J'ai appris pour... Enfin... Que tu as vécu quelque chose de très difficile"
Il passera les dix minutes qui suivent à essayer de me refourguer l'adresse d'un bon psy, me dire que si on fait rien, un jour ça ressurgit.
Tôt ou tard.
Il laisse quelques silences s'installer avant de me dire "Bon, je comprendrais si tu n'avais pas envie de m'en parler, sans doute il vaut mieux que ce soit avec un professionnel".
J'avoue, sur le moment, j'ai fait ma docile. J'ai exprimé juste le fait que je n'en ressentais pas le besoin. En gardant le sourire, tout ça. (Je travail sur ma gestion de la colère, ça me rend très très hypocrite)

Alors j'ai un grand message pour vous :
Les agressions sexuelles et les viols concernent à la louche une femme sur trois et un homme sur six. Or une femme sur trois n'est pas en dépression, frigide, ou sur le trottoir. Remettez-vous. Je n'irai pas voir un psy. D'abord parce que la psychologie telle qu'elle est pratiquée et enseignée actuellement est terriblement loin des exigences et des protocoles qu'on impose au moindre cachet d'aspirine(1). Ensuite, parce que je vais très bien. Je n'ai pas de flash-back, je ne déteste pas mon corps, ma sexualité va très bien et suit la loi très prédictive de ma fertilité et est somme toute, très banale. Je ne nie pas le fait que les violences sexuelles soient particulièrement difficiles à surmonter. Mais j'avais onze et treize ans, j'aimerais qu'à vingt-cinq ans, j'ai le droit d'aller bien sans qu'on me déclare que tôt ou tard, ça ressortira.

Je ne suis pas une pauvre petite chose, une fille abîmée, et surtout je ne suis pas une exception. Arrêtez de me victimiser. Je ne suis pas la seule et je vais très bien. Si vous voulez vraiment aider les victimes de violences sexuelles, commencez par admettre qu'elles représentent beaucoup de monde autour de vous, que c'est pas parce que vous  connaissez une victime que vous êtes de facto un spécialiste de la question (en fait tout le monde connait des victimes de viol). Sinon, voici d'autres conseils :

-On observe moins de syndromes post-traumatiques chez les victimes qui ont pu être écoutées rapidement après l'agression.
-Être écouté sans être jugé, et cru par l'entourage joue aussi un gros rôle dans la rémission (le conjoint étant celui qui aura le plus fort impact positif comme négatif -> Tu m'étonnes que ce soit difficile de s'en remettre quand le conjoint ne vous croit pas, vous dit que c'est votre faute, ou cerise sur le gâteau, le cas extrêmement courant du conjoint jaloux du violeur, la réaction WTF).
-En revanche, le simple fait de parler de son agression, passées les premières 72h n'a montré aucun signe d'amélioration. Donc la psychologie à deux balles, dehors. (Cela concerne tous les chocs traumatiques, une étude sur les victimes d'AZF m'avait bien éclairée sur le sujet)
-Avoir activement résisté pendant l'agression est un facteur dans le rétablissement. Donc si vous voulez agir en amont, apprenez aux enfants à se défendre, à taper, à crier. Ça ne les protégera pas de TOUTES agressions, mais ils s'en remettront plus facilement.

Je finirai avec cette citation :
"Je suis furieuse contre une société qui m'a éduquée sans jamais m'apprendre à blesser un homme s'il m'écarte les cuisses de force, alors que cette même société m'a inculqué l'idée que c'était un crime dont je ne devais jamais me remettre" - King Kong Théorie, Virginie Despente

PS : Lire des récits de viol diminuent l'estime personnelle des femmes et augmente celle des homme. C'est triste, c'est agaçant et je ne l'explique pas (pas plus que les chercheurs qui ont mis en évidence de mécanisme, ils se sont juste contentés de mesurer l'impact sur l'estime de soi perçu). Donc comme en plus après 72h, ça ne change plus rien au choc, je n'encourage pas le racontage gratuit. Si ça vient de vous arriver, surtout, parlez-en en détail, en pleurant à chaude larme à quelqu'un qui vous croira et est capable d'écouter en hochant la tête. Votre cerveau vous dira merci. Passé ce délai, faudra trouver d'autres solutions.

(1)Discussion avec une amie qui a un master en psycho : Ce qu'on lui a enseigné à la fac, c'est que pour aider une victime de viol, il faut lui faire comprendre que c'est de sa faute. Parce que si on ne le fait pas, elle paniquera en se rendant compte que quoi qu'elle fasse, cela pourrait se reproduire. On applaudit bien fort, la faculté de Nantes, si j'avais le nom du prof, je vous donnerai même son adresse e-mail pour que vous lui envoyiez des bisous de ma part... A moins d'être formé en traumatologie (le Dr Salmona est en France une référence), un psy peut faire beaucoup de dégâts.

8 commentaires:

  1. Moi je me suis souvenu d'une tentative d'agression y'a quelques semaine de mon enfance, bon bah voila je m'en suis souvenue, j'ai analyser le truc, j'en ai parler a la personne concerné et voila, on passe a autre chose !

    Apres j'ai eu la chance que ce ne soit qu'une tentative sans aboutissement, ca n'enleve pas trop le choc de l'agression mais je suppose que j'ai pas autant de consequences que si la personne avait reussit son coup ...

    En tout cas je suis d'accord avec toi dans ce que tu dis, et ravie que ta sexualité aille bien loooooooool ( c'est pas toujours le cas malheureusement, je parle d'eperience ... )

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    1. L'oubli du souvenir traumatisant fait partie des mécanismes de défense. Au moment où ça ressort, il faut en faire quelque chose. Je me dis que quelque part, ça ressort soit quand le cerveau considère que tu peux gérer ça maintenant, soit quand ça craque et que sa défense ne tient plus.

      Oui, la sexualité peut être affectée dans un sens comme dans l'autre (hypersexualité ou repli total). J'espère qu'on pensera pas que je dis "trop fastoche, on s'en sort sans problème". Ce que je veux dire c'est qu'il faut sortir de la victimisation honteuse, celle qui fait qu'on en parle en douce en mode "oh la pauvre, comment elle arrive à vivre avec ça" (je parle même pas des hommes qui ont droit au "oh le pauvre, c'est vrai qu'il est un peu bizarre maintenant que j'y pense"). Je trouve ta démarche ultra saine. Et t'excuse pas d'avoir échappé au pire et de considérer l'expérience comme notable : Une tentative peut avoir des retombées très violentes. Il n'y a pas d'échelle de l'agression la plus cool et la moins cool.

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  2. Oui c'est possible que ce soit pas quantifiable car chacun a son niveau peut supporter plus ou moins de choses... Moi en tout cas je me suis dit a peut pres ca : Bon bah il t'es rien arrivé d'irréparable, tu as deja vecu bien pire :)

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  3. Oui la psycho a deux balles je confirme, mais vraiment !
    Moi je travaille pas avec ça, par contre je suis pas tout à fait d'accord avec le fait que passé 72h ça ne sert à rien d'en parler... hum...
    Par expérience, je n'arrivais à rien dire durant ce temps là, car la honte et culpabilité était trop présente, ce n'est que des années après que je me suis libéré de ces sentiments et ai pu en parler plus pour me convaincre que non, ce n'est pas ma faute, plutôt que pour avoir la compassion de mon entourage ! lol Par contre, la seule fois où j'en ai parlé quelques heures après, a été pire dans mon estime de moi ! Puisque la personne m'a dit : mais non, tu te fais des films, c'était pas volontaire... blablabla... hum ! Forcément j'étais encore pire qu'avant d'en avoir parlé ! (j'aurai pu lui répondre : Au fait merci de m'avoir écouté sans jugements... bon c'était un homme, élevé en pure éducation machiste, tu l'aura reconnu.. Lol)

    Par contre on peut faire quelque chose là dessus, c'est le TAT, ça marche bien, je viens de le tester en pleine crise suite à une agression horrible de ma voisine qui m'a insulté devant mes enfants et voulu rentrer chez moi et tout, faire la position du TAT le lendemain m'a aidé à savoir ce que mon corps avait besoin pour passer ce traumatisme. (le TAT c'est de la digipression de points d'accupuncture..)

    Tu dis 1 femme sur 3, moi je dirai 1 femme sur 2, car beaucoup ne savent pas conciement qu'elles ont été victime durant l'enfance, le cerveau ayant tout enfouie... vraiment bien ! Et là un travail thérapeutique permet de guérir, vu que le corps laisse TOUJOURS des pistes... et que l'enfant intérieur est gravement blessé, il faut le consolé, soigner.. mais pas avec un psy classique, là je suis contre, mais ouvertement !

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    1. Merci pour ton partage d'expérience Alison. (oui oui, je reconnais de qui il s'agit ^^)
      Il y a des pistes comme celle que tu évoques. Je pense que ce qui est important c'est que les gens n'aillent pas chez un psy, n'importe lequel, en se disant que c'est ça qui va marcher. Je note le TAT.
      Il y a effectivement énormément d'abus sur les enfants, malheureusement. Plus une personne est vulnérable, plus elle devient une proie facile : Les enfants, les handicapés, les personnes en précarité économique, les personnes âgées... Bref, c'est tristement répandu.

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    2. Oui c'est pour ça que je dis que je suis contre le psy classique : il ne fait qu'écouter et prescrire des medicaments, alors que les thérapies comportementales et cognitives nous donne des outils a utiliser toute notre vie pour que nous fassions notre guérison nous même...

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  4. Juste quand je compte enfin m'ouvrir... Enfin on verra ce que ça donne quand même.

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    1. Bonne chance alors. Je dis pas qu'il faut se taire, mais miser tous nos espoirs de rémission dans une discussion quand les faits remontent peut être très frustrant.

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