vendredi 17 juillet 2015

Murder sur M6, des noirs, des femmes, des gays. Pas une histoire de quotas.

En tant que femme blanche, j'ai tendance à réclamer de la diversité, mais je ne suis pas très douée pour la créer moi-même quand j'écris des histoires. Et dans les faits, je suis souvent déçue de l'aspect quota : quand un personnage est là parce qu'il fallait un black et que son perso est tout niais et sans épaisseur.
J'ai regardé Murder sur m6 parce qu'un second rôle de Harry Potter jouait dedans. Je suis restée accrochée parce que... parce que c'est génial. Mais je ne vais pas parler de l'intrigue. Je vais parler de la révolution qu'est Murder en terme de diversité.

Murder est une série racontant l'histoire d'étudiants en droit qui sont embauchés à l'essai dans le cabinet de leur professeur. Et qui se retrouvent impliqués dans un meurtre.

Des noirs, pleins de noirs, et pas qui meurent tués par le sadique psychopathe aux 10 premières minutes.

Pour commencer il y a des tonnes de personnages noirs. Déjà le personnage principal, Wess, étudiant en droit. Mais franchement, mon préféré, c'est Annalise, avocate surdouée, professeur géniale et noire et j'ai le droit de dire grosse ? Dans notre monde, elle serait pas vraiment en surpoids (juste hyper plantureuse), mais dans le monde de la TV, c'est juste génial d'avoir un tel personnage féminin. Bref, Annalise, mon crush, mon méga méga crush de la série. Un personnage complexe, fort et redoutable, mais pas un robot. Elle a des failles (et elle pleure... Beaucoup et très bien, avec de la morve et tout et tout)



Elle est capable des meilleures valeurs morales, comme quand elle reprend le dossier de sa jeunesse pour défendre un cas d'injustice qui l'a révoltée (saison 1 épisode 6 : Habeas Corpus). Elle donne alors un discours puissant sur les inégalités sociales et la communauté noire américaine pendant lequel j'ai ressenti un léger malaise. Droit dans mon petit coeur.
Mais ce qui est aussi délicieux, c'est qu'elle n'est pas non plus le chevalier blanc, quand elle fait par exemple acquitter un meurtrier sans aucun remord (saison 1 épisode 2 : Tel père, telle fille).

Mais il y a également Micaela, gosse de riche (ah ben non en fait, en fin de saison on comprend que non) brillante et ambitieuse, un peu pénible sur les bords : enfin un personnage noir qui n'est pas soit un criminel, soit un gentil super charismatique (bonjour le rôle-quota avec un noir irréprochable et cool). Micaela n'est pas cool. Elle est attachante mais loin d'être parfaite.

Des femmes !

Des femmes de pouvoir (la juge est une femme ! Le procureur est une femme -bon, je l'aime pas, mais c'est une femme) et on retrouve une foule de personnages féminins complexes en second plan. Mais je vais parler en particulier de Laurel qui (SPOILER !) trompe son copain. Oui parfaitement. Et elle n'est pas présentée comme un monstre ou une fille torturée par son état de pécheresse ! Elle est pas très fière d'elle et fait de son mieux pour gérer la situation, mais ça s'arrête là.
Cette fille a trompé son copain. Et on s'en fout.

Je ne suis pas en train de dire que tromper c'est bien. Mais le film est non jugeant et juste. On évite le slut shaming. Et Laurel n'est pas définie par sa sexualité. Elle est d'ailleurs consternée au début de la série quand elle constate qu'elle a peut-être été recrutée uniquement parce qu'elle a tapé dans l’œil d'un des employés.

Des gays, et oui, bon, un peu de cliché

Connor. Connor quoi. Le gay beau-gosse. Et il y a des scènes de sexe gay. Contrairement à d'autres scènes de sexe de la série, celle de Connor ont pour la plupart une véritable raison d'être dans le scénar. (bon, la série est moyennement mormon-proof. On voit pas une fesse, mais c'est bien suggéré). Le cliché au début du gay volage évolue vers un arc un peu prévisible : A mon avis Connor finira marié, avec un chien et une maison. J'adore son petit copain qui est juste... normal. Et ils sont loin d'être les gays flamboyants et efféminés du cinéma. Bref, j'aime Connor. J'aime son histoire d'amour.
Puis le fiancé hétéro-flexible de Michaela. Je le trouve un peu useless. Mais il est là. Pas de lesbienne en vu par contre. Mais bon. On va pas cracher dans la soupe.

Le petit détail des cheveux noirs

Dans de nombreuses scènes, on peut voir Annalise sans perruque. J'ai une petite obsession sur la façon dont les femmes noires n'ont pas le droit d'aimer leur cheveux. J'ai donc surkiffé cette scène. J'ai adoré voire cette femme sans maquillage, enlever ses faux-cil le soir et retirer son postiche. Combien de fois avons nous vu cela dans un film ?

Les couples mixtes, petit bémol

Il y a deux couples mixtes dans la série : Wes et Rebecca. Et Annalise et son mari. 
Wes et Rebecca, le couple bizarre et maladroit de la série

Si le couple de Wes et Rebecca est très validé, celui d'Annalise et son mari est catastrophique. D'ailleurs, Annalise a un amant qui est noir comme elle et son mari a une maîtresse qui est blanche comme lui.  Si cette situation particulière a une raison d'être dans le scénario, je m'interroge. La sexualité d'Annalise est même décrite comme trash par son mari (le cliché de la femme noire à la sexualité animale), mais c'est plutôt dit pour nous rendre son mari antipathique (je l'ai jamais autant détesté que quand il dit à sa femme qu'elle est une traînée parce qu'elle couche avec lui). Bref, je n'ai pas vraiment de recul pour analyser la représentation des couples mixtes dans cette série. Je pointe seulement les différences de traitement : On a un homme noir et pauvre qui a bénéficié d'une ascension sociale importante (Wes) et sort avec une fille blanche et pauvre (qu'il protège en permanence) et une femme noire, riche et populaire (Annalise), dont le mariage avec un homme blanc, riche et populaire, sombre d'une manière glauque et misérable et qui ne se sent bien qu'avec son petit copain noir.

Je finis là mon analyse. Après avoir réalisé tout ça et réfléchie à l'immense richesse de ces personnages, je suis allée voir qui s'occupait de la production (en gros, qui a mis son blé pour faire vivre ce super scénar) : Shonda Rhimes... Une grosse femme noire, scénariste de Grey's Anatomy accessoirement.
Shonda Rhimes, productrice de MURDER
Quelle surprise, si on veut plus de diversité dans les films, il faut plus de diversité du coté de ceux qui les font :)

6 commentaires:

  1. Il est vrai que l'héroïne de murder est une "vraie" noire, ca m'a même un peu dérangée qu'on nous serine que si elle est très célèbre comme si il fallait justifier de mettre une "vraie" noire.
    Même dans les séries "noires" alors qu'on montre des hommes peu métisses, les femmes sont en immense majorité métis (même si elles sont présentées comme noires) les mères de ces acteurs sont completement niées. A part le cliché de la grosse mamma agressive qui joue un second rôle de gueularde dans les films ( il y a même une expression pour les qualifier aux usa et les opposants d'Obama avait "insulte" Michele Obama en faisant le parallèle avec ce cliché) les femmes noires sont completement absentes. A l'exception notable de greys Anatomy (meme productrice) meme si on échappe pas aux clichés totalement.

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    1. C'est clair que si c'est pour nous servir du "angry black women", c'est pas la peine de nous caser un perso noir ^^
      J'avais jamais analysé ce coté "métisse", en fait, j'avais simplement cru qu'on ne prenait que des noirs très pâles, courant de mode déjà présent en Afrique. Je ne savais pas que la majorité de ces actrices étaient métisses (je sais, c'est bête).
      Il y a aussi le fait qu'on a un peu tendance à considérer que tout ce qui n'est pas blanc, est noir (ce qui est déjà en soit assez naze dans ce que ça implique comme rhétorique de "noir contaminant")

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    4. Pas forcément metis (c'est à dire un parent blanc) mais assez métissée pour avoir une peau pâle et des traits caucasiens et éloignés du type negroïde. Discrimination dont ne font pas l'objet les hommes noirs. Le fait qu'Obama soit marié a une "vraie" noire avait été tres apprécie par les femmes noires car le signe de réussite d'un homme noir reste encore de s'afficher avec une femme qui répond aux canons de beauté caucasiens et la réussite ultime est une blanche blonde.
      La "mode "africaine est du même acabit qui pousse également les Françaises noires à se tartiner de crème blanchissante tres dangereuse pour la santé (comme le fait de considérer les cheveux crépus comme sales et négliges)

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    5. Les crèmes blanchissantes, une amie noire m'en a parlé, c'est une plaie, tant par le message que ça véhicule que par les effets sur la peau (elle m'a dit qu'à terme, ça détruit les propriétés de la peau et qu'il y a des femmes qui meurent d’hémorragie, ça a clairement un coût humain).

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